La revanche de Gutenberg
C'était écrit. Internet ne tuera pas l'imprimé, contrairement à ce que l'on pensait parfois il y a cinq ans.
Bien au contraire, en fait. Depuis l'avènement de la toile mondiale, jamais nous n'avons autant imprimé. Regardez au bureau, regardez chez vous, l'imprimante ne dérougit pas, stimulée par ces gens qui impriment tout ce qui passe. Une manie que l'on pourrait bien qualifier de syndrome de Gutenberg.
Pourquoi? Parce qu'on ne lit pas vraiment, sur Internet. Feuillette, scrute, balaie, ratisse, cherche, fouille et farfouille. Mais lorsqu'est venu le temps de lire, on imprime.
C'est ce qu'ont bien compris les patrons des Messageries de presse Benjamin, les géants de la distribution de journaux et de magazines au Québec.
D'ici à la fin du mois, il sera désormais possible de se faire imprimer, à la demande, le quotidien frais du jour de son choix chez son marchand préféré.
Du Jerusalem Post au Monde en passant par le Times of India, plus de 60 journaux de 27 pays seront disponibles immédiatement. Tout cela, bien sûr, grâce à Internet.
Benjamin s'est associé à NewspaperDirect, une société de Vancouver spécialisée dans la distribution électronique de la presse. Grâce à un terminal informatique, le marchand télécharge une version PDF du journal et l'imprime sur du papier en format 11X17 recto-verso. Le prix? 4,25$, environ. Pour le quotidien du jour de Moscou ou de Tokyo, c'est raisonnable. Le résultat n'est pas mauvais. La qualité d'impression est bonne mais les caractères sont plutôt petits. Et les photos, en noir et blanc, un peu floues. Ce n'est qu'un début.
Cette technologie a le grand avantage d'éliminer les problèmes actuels de distribution. Bien souvent, les journaux de l'étranger ont au moins un jour de retard. Dans ce cas, il s'agit de la version originale et intégrale du quotidien. Parfait pour ceux qui ont le mal du pays.
Le hic, là dedans, c'est que la majorité de ces quotidiens sont déjà disponibles sur Internet. Mais il s'agit bien souvent de versions allégées. Et puis, pour en revenir à nos moutons, leur lecture nous oblige souvent… à les imprimer.
Gutenberg prendra donc sa revanche. En cette période dite de convergence, tout indique que l'Internet est essentiellement destiné à devenir audiovisuel. L'écrit, lui, restera couché sur papier.
Et puis, on l'a assez dit depuis le début de l'année, le glas commence à sonner pour la gratuité. Si la tendance se maintient, de plus en plus de journaux risquent d'adopter des systèmes d'abonnement sur Internet. Parce que l'écrit, le savoir, l'analyse, l'information, ce n'est pas gratuit. Tout comme la musique. Et l'image.
La Cour suprême des États-Unis se penche actuellement sur la question des droits d'auteur sur Internet. Ici aussi, la bataille des journalistes pigistes se poursuit pour une rémunération des articles publiés sur le Web.
Il se pourrait donc très bien, dans un avenir proche, que les auteurs d'écrits imprimés soient aussi payés pour leurs publications en ligne. À leur tour, les éditeurs devront payer, et faire payer.
Gutenberg et les fabricants de cartouche d'encre, eux, doivent bien rire.
Chronique rédigée par Gildas Meneu
Envoyer à un(e) ami(e)
Consultez les chroniques précédentes
Cette chronique est publiée chaque jeudi dans l'hebdomadaire
ICI. ICI est une publication de Communications Gratte-Ciel distribuée
gratuitement à Montréal.
Publié dans BRANCHEZ-VOUS! le 24 mai 2001