Musique cadenassée
Le piratage musical sur Internet donne encore des maux de tête à l'industrie. Finira t-elle par trouver une solution?
En tous cas, elle essaye. Il y a plus de deux ans, les gros joueurs de l'industrie musicale lançaient la Secure Digital Music Initiative (SDMI). La SDMI cherche désespérément un moyen efficace de contrer le piratage sur Internet. Pour le moment, les résultats sont carrément inexistants.
En deux ans, pourtant, on a tout vu: des formats MP3 légaux, authentifiés, sécurisés, des protections de toutes sortes qui ne semblent pas devenir la norme.
La dernière invention en date a pourtant l'air plus convaincante. Car elle prend le problème à la source.
Sunncomm, une autre de ces jeunes pousses d'entreprises, a inventé le CD cadenassé. L'idée est simple: le CD audio vendu en magasin ainsi protégé ne peut pas être copié. Techniquement, en fait, il est impossible d'en extraire des fichiers Wav ou MP3. Il résiste.
L'idée est logique. Car tous les MP3 de ce monde viennent forcément de CD qui, un jour, ont été copié pour être distribué sur Internet. En bloquant cette fonction, on empêche donc toute nouvelle distribution ultérieure…
Logique, peut-être, mais efficace? Les rares experts qui se sont penchés sur cette technologie doutent de sa fiabilité. Les pirates vont certainement s'en donner à cœur joie pour tenter de contrecarrer ce nouveau barrage. Et si on se fie à leur CV impressionnant, on peut aisément penser qu'ils ne mettront pas longtemps à contourner le problème.
On peut aussi avoir des doutes quant à la popularité de cette technologie. Le propriétaire légitime d'un CD audio a le droit d'en faire des copies pour son usage personnel. Les consommateurs pourraient donc être très frustrés. Ce que ne désirent surtout pas les vendeurs de disques.
D'ailleurs, Sunncomm n'est pas la seule à s'être lancé dans cette course. L'année dernière, BMG Allemagne avait tenté la même aventure avec une société israélienne, Midbar, qui avait développé ce genre de technologie. Aventure qui s'était soldé par un échec après l'envoi de 130 000 copies d'un CD protégé. Il ne fonctionnait pas sur certains lecteurs et avait soulevé l'ire des consommateurs. Depuis, BMG a abandonné cette voie.
Mais Sunncomm a d'autres cartes dans ses manches. Elle s'est associé à une étiquette, Farenheit Entertainment, qui mettra en vente le premier CD du genre la semaine prochaine. Le disque d'un espèce de chanteur country.
Et la stratégie ne s'arrête pas là: plus tard cette année, Farenheit ouvrira un site sécurisé sur lequel le propriétaire du CD, grâce à un code, pourra aller chercher les versions MP3 des chansons. L'histoire ne dit pas si ces MP3 seront, eux aussi, protégés.
Une stratégie indispensable pour l'industrie si elle veut développer un modèle économique efficace. Ce n'est pas en barrant simplement des CD qu'elle se sortira du labyrinthe de la nouvelle économie.
Chronique rédigée par Gildas Meneu
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Publié dans BRANCHEZ-VOUS! le 10 mai 2001