Navigation au cube
Des jeunes pousses d'entreprises, il en apparaît et en disparaît chaque jour. Mais disons qu'en ce moment, il en meure plus qu'il n'en naît.
Les jeunes pousses, ce sont ces fameuses start-up pleine d'idées géniales qui trouvent des investisseurs le temps de dire « Eureka ». Et qui les perdent le temps de dire « Tout le monde dehors ».
Prenons le cas de Digiscents, par exemple. Depuis deux ans que cette compagnie nous bassine avec son futur Internet parfumé. Digiscents développait des utilitaires à brancher dans nos ordis qui devaient recréer artificiellement des odeurs. Genre, quand vous auriez acheté un fromage, vous auriez pu vérifier son degré de maturité.
Comme vous l'avez deviné, après deux ans, les investisseurs ont lâché prise. Pas rentable, votre bidule. Bye. 70 personnes à la porte.
Un autre exemple, tiens. Mais celui là est encore vivant.
2ce est une jeune compagnie de la région de Seattle. Après deux ans de recherche, elle a mis au point un navigateur en trois dimensions. Un autre bidule « révolutionnaire », comme ils disent dans les communiqués de presse.
À la base, l'idée est simple. Quand on navigue, on ouvre parfois plusieurs pages à la fois. Très fatiguant, ça. Il faut cliquer dans la barre des tâches pour voir l'autre page.
2ce a donc créé CubicEye, un navigateur cubique en trois dimensions qui s'intègre à Internet Explorer. Imaginez. Vous êtes dans le cube. Vous pouvez donc ouvrir cinq pages à la fois. Une au fond, une au plafond, une au sol et une sur chaque mur. Révolutionnaire, non?
Grâce à un ingénieux système de navigation, il est possible d'effectuer des rotations pour se balader dans le cube. Pour une navigation des plus conviviale nous dit-on sur le site.
Vous le téléchargerez, pour voir. C'est lourd, c'est lent. On voit rien. Je vous parie que vous allez tripper pendant cinq minutes et qu'il en faudra moins pour le foutre à la poubelle.
Et pourtant, ils en ont trouvé, des investisseurs. Car ce qu'ils ne disent pas, c'est que l'intérêt n'est pas dans celui de l'internaute, mais bien dans celui du commerçant.
Et l'intérêt du commerçant n'est pas de rendre votre navigation conviviale, mais de vous enfermer dans son site promotionnel. Pour vendre de la pub et vous faire consommer.
2ce propose donc à l'internaute de tester une version béta, et surtout aux webmestres et aux commerçants d'en apprendre plus sur les avantages de son produit. Une entreprise qui vend des voitures, par exemple (voir cet exemple) pourra créer un site adapté où l'internaute verra le char de ses rêves en 3D, tout en naviguant sur cinq pages simultanément.
Je ne sais pas où ils ont vu que le cerveau de l'homme est capable d'assimiler autant d'informations en même temps. Mais c'est en fait sans importance. 2ce développe. Tout ou tard, elle revendra son expertise et mettra tout le monde à la porte. Les investisseurs auront sauvé de l'impôt et le vendeur de chars aura laissé tombé parce que ce n'est pas rentable.
Mais il y aura sûrement une autre jeune pousse quelque part avec une autre idée révolutionnaire.
En espérant que, cette fois-ci, ce sera la bonne.
Chronique rédigée par Gildas Meneu
Envoyer à un(e) ami(e)
Consultez les chroniques précédentes
Cette chronique est publiée chaque jeudi dans l'hebdomadaire
ICI. ICI est une publication de Communications Gratte-Ciel distribuée
gratuitement à Montréal.
Publié dans BRANCHEZ-VOUS! le 15 avril 2001