Orage et grêle sur Internet
Sur Internet, nous sommes des gens importants. Nous signons des contrats tous les jours. Même plusieurs fois par jour. Mais évidemment, nous ne les lisons jamais. Et pourtant, il faudrait.
Car le prochain que nous allons signer avec Microsoft, par exemple, est un cadeau empoisonné. Il s'appelle HailStorm. Un service dérivé de la stratégie «.net» qui permettra à l'usager d'accéder à ses données personnelles partout: sur son ordi mais aussi sur son cellulaire, sur son portable. Pourquoi ? Parce qu'elles seront stockées sur un serveur de Microsoft. Pas très sécuritaire, ni très discret.
Au cœur de cette stratégie, on trouve le fameux «Passport», un service qui attribue un nom d'usager et un mot de passe uniques à chaque usager pour accéder à des dizaines de services affiliés, comme Hotmail, Messenger ou Money Central.
Vous avez sûrement une adresse Hotmail qui traîne quelque part. Et bien quand vous avez rempli les formulaires pour l'ouvrir, on vous a attribué un de ces Passport. Et vous avez signé un contrat avec Microsoft.
Bien entendu, vous n'avez jamais pensez à lire les conditions d'utilisation. Moi aussi, je me suis fait avoir. Surtout sur les concessions de droits. Voici ce que Microsoft a le droit de faire avec les données que nous échangeons par ses services:
«1-Utiliser, modifier, copier, distribuer, transmettre, diffuser publiquement, représenter, reproduire, publier, concéder en sous-licence, transférer ou vendre cette communication ou (à) créer des œuvres dérivées de celle-ci.
2-Concéder en sous-licence à des tiers le droit illimité d'exercer l'un quelconque des droits précités qui sont concédés.
3-Publier votre nom dans le cadre de cette communication.»
Donc: si Jules envoie une idée d'invention à Gilles, ou le manuscrit d'un livre, par exemple, il cède ses droits à Bill Gates! C'est écrit! Je continue:
«Les droits précités incluent le droit d'exploiter, dans tout pays, tout droit de propriété sur cette communication, y compris notamment les droits relevant du droit d'auteur, du droit des marques ou du droit des brevets. Aucune somme ne vous sera payée au titre de l'utilisation par Microsoft des éléments contenus dans la communication. Microsoft n'est pas tenue de poster ou d'utiliser les éléments que vous fournissez et peut choisir de supprimer ces éléments à tout moment.»
Bref, nos données stockées sur les serveurs de Microsoft peuvent bien l'être de manière ultra sécuritaire, elles ne nous appartiennent tout simplement pas. Point à la ligne.
(05/04/01 - Mise à jour)
Microsoft a modifié le paragraphe incriminé. Et s'est confondu en excuse. Il reste cependant à évaluer les conséquences de ces changements. On en reparle la semaine prochaine.
Poisson d'avril!
Cette année, la palme revient au magazine anglais The Register, avec cette nouvelle ahurissante: «Microsoft n'est pas responsable du virus de la fièvre aphteuse». Selon l'article, le Centre de contrôle des maladies pensait Microsoft coupable parce qu'ils «n'avaient jamais entendu parler d'un virus qui ne se propage pas par Outlook Express.» Et pourtant, c'est vrai!
Si on n'avait pas su que cette histoire venait du webzine SatireWire, on l'aurait presque crû…
Chronique rédigée par Gildas Meneu
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Publié dans BRANCHEZ-VOUS! le 05 avril 2001