Branchez-vous, qu'ils disaient
Il y a des jours, comme ça, surtout un samedi, ou on aurait dû rester couché. Vous savez sûrement de quoi je parle. Ma blonde, elle, voulait s'acheter un ordinateur.
J'avais un peu insisté, c'est vrai. Parce que la blonde en question travaillait sur MON ordinateur. Un vieux dinosaure. Je vous en ai déjà parlé.
Depuis quelques mois, elle m'appelait souvent au bureau, paniquée. «L'écran a figé, qu'est ce que je fais?» Ou: «L'écran est tout bleu, qu'est-ce que je fais?» Ou: «Il est où, le document que j'ai sauvé hier soir? Qu'est ce…» Sans compter les plaintes en trois exemplaires concernant la lenteur, le disque dur trop plein, etc.
Bref, il était temps d'en finir avec cette histoire.
Parce qu'en plus, elle est journaliste spécialisée en nouvelles technologies. Imaginez… Mais les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés, comme dirait l'autre.
Donc, départ, ce samedi midi, pour un quelconque marchand d'ordinateurs.
Un samedi midi pas comme les autres, apparemment. Il y a foule. Et pour cause. Il ne reste que quelques jours pour profiter du programme «Brancher les familles» du gouvernement. Une véritable ruée vers le silicium. Dans les rayons, les machines se font rares. En restera t-il en stock?
La blonde, journaliste techno –je le rappelle-, décide que je serai responsable de l'achat. Dans la foule, je repère un vendeur. Le seul qui n'a pas l'air occupé. Extrait d'un dialogue de sourd:
-«Bonjour, je cherche un bon ordinateur de bureau autour de 1000$.»
Réponse laconique: «Qu'est-ce que vous voulez dire par bon ordinateur?»
-«Ben… (pointant la circulaire) celui-là, par exemple à 1200$»
-«Ah, celui ci? (il fouille dans son ordinateur) On ne l'a plus en stock. Il faut le commander.»
-«Bon… Et celui là?»
-«On ne l'a pas non plus»
-«D'accord. Qu'est-ce qui vous reste, en fait?»
À ce moment là, un autre vendeur qui a entendu la question répond à la sauvette : «On en a plein!»
J'insiste donc:
-«Celui là, à 1200$ vous l'avez? Mais j'aurai besoin de 128 meg de RAM, plutôt que 64»
-«Non, il n'est pas en stock. Mais nous avons celui ci, avec 128 meg de RAM. À 1600$»
-«Pardon? 400$ pour 64 meg de plus?»
-«Vous tenez absolument à cette marque?» réplique le vendeur. «Nous avons aussi nos ordinateurs maison.»
Pour impressionner le vendeur, il faut alors être plus technique.
-«Oui, mais quelle sorte de carte maîtresse y'a t-il à l'intérieur?»
-«Bonne question…» Il se tourne vers un de ses collègues pour la lui poser, la fameuse question. Lequel répond: «Une carte cheap… Je veux dire bon marché, quoi…» Hum…
On a fini par le remplacer, le vieux dinosaure. Dans un autre magasin. Un joli petit ordi pré-installé avec plein de cochonneries dedans. Il m'a a fallu plus de 10 heures pour réinstaller un nouveau système, rapatrier les anciens fichiers et ajouter de la RAM. La blonde était contente. Les familles nouvellement branchées, par contre, je leur souhaite bien du courage. Y'a t-il un techno dans la salle?
Chronique rédigée par Gildas Meneu
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Publié dans BRANCHEZ-VOUS! le 26 mars 2001