Cyber-dissidences
Coupable. Vous le savez certainement -à moins d'avoir passé vos vacances sur la Lune la semaine dernière - le boxeur Dave Hilton a été reconnu coupable d'agressions sexuelles multiples sur deux jeunes filles. Et je vous passe les détails.
Mais qu'est-ce que cette histoire vient faire ici?, vous entends-je sursauter… Les détails, justement. Dont un, en particulier: la loi interdit aux médias de dévoiler l'identité des jeunes filles en question, mineures au moment des faits. Mais sur Internet, ce paradis des libertés sans droits ni devoirs, certains participants à des forums ne se sont pas privés d'en dire un peu plus sur la relation entre les filles et Hilton. Depuis, c'est presque devenu un secret de Polichinelle. Où l'ont-ils appris? Au Palais de justice, où tout le monde le dit, ou par un quelconque bouche à oreille, puisque tout le monde en parle. De toute façon.
Mais jusqu'ici, cela restait entre bouches et oreilles. Sur Internet, c'est désormais inscrit noir sur blanc. La loi est donc violée. Impunément. Les forums de discussion seraient-ils des espaces qui échappent aux règlements? C'est ce que nous verrons bientôt, s'il y a poursuite… ou non.
Prudence
Car il faut bien faire attention à ce qu'on dit, sur Internet. Un Chinois l'a appris - assez violemment - merci, à ses dépens.
Jiang Shihua a 27 ans. Il est enseignant, et pour arrondir ses fins de mois, a ouvert un cybercafé qu'il a joliment baptisé Silicon Valley. Et il rêve. Il rêve d'une Chine ouverte et démocratique, d'un pays où il pourrait exprimer toutes ses idées.
Mal lui en a pris. Dans le forum de la mairie de sa ville, il écrit, sous le pseudonyme «shumin» (citoyen ordinaire): «nous avons tous en tête la phrase que nous ne dirons jamais: renverser le Parti communiste». La très efficace police Internet chinoise se met alors en chasse. En août dernier, il est arrêté. Et en décembre, il est condamné à deux ans de prison pour subversion contre le pouvoir de l'État. Jiang Shihua va rejoindre en prison Huang Qi, 36 ans, un autre internaute arrêté en en juin 2000 pour avoir diffusé des informations sur la répression du printemps de Pékin de 1989.
Ennemis d'Internet
Pour l'Association Reporters sans frontières, qui défend les droits des journalistes et, désormais, la liberté d'expression des internautes dans le monde, la Chine est un des pires ennemis de l'Internet. Dans un rapport de février dernier, RSF expliquait que «depuis maintenant deux ans, les autorités [chinoises] ont sensiblement modifié leur politique de contrôle d'Internet. La stratégie de la «cyber-Grande Muraille», mise en place dès 1997 par les ministères de la Sécurité publique et de la Sécurité d'État, a été délaissé au profit d'une répression sélective et d'un contrôle effectué par les fournisseurs d'accès et les responsables des sites eux-mêmes. (…) Considérés comme de véritables criminels, les cyber-dissidents chinois encourent de lourdes peines de prison». Eh oui… Deux poids, deux mesures.
Chronique rédigée par Gildas Meneu
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Publié dans BRANCHEZ-VOUS! le 22 mars 2001