Céline garde l'accent
Pour tout vous dire, on a eu peur pour elle. Mais l'ONU lui a rendu justice. Notre Céline Dion nationale a récupéré son nom de domaine légitime, qui lui avait été volé par un cybersquatteur. Fiou.
Un vilain Albertain, Jeff Burgar, avait enregistré celinedion.com en 1995 et ouvert un fan club de son idole. Le tribunal des noms de domaine, l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), a statué que son propriétaire était illégitime. Le même Burgar a dû aussi rendre juliebrown.com à la comédienne du même nom. Faut dire qu'il avait enregistré 73 autres noms de domaine de personnalités, le Burgar. C'était louche.
Le cybersquatting, cette pratique maintenant courante sur Internet, est dans la ligne de mire de l'OMPI. L'organisme cherche désespérément un moyen de réglementer ce fouillis qu'est l'enregistrement des noms de domaine. On estime que d'ici trois ans, il se réservera plus de 250 millions d'adresses Internet. On voit d'ici le capharnaüm.
www.üöçñàé.com
Et on est pas sorti du bois. Un registraire, Speednames, autorise depuis peu la création d'adresses Internet accentuées. Même si, un jour, Ceuline Dayeunne décidait de reprendre le euh. accent aigu de son prénom, elle ne pourra pas acheter céline.com ou célinedion.com. Un Montréalais l'a déjà fait. Encore un beau procès en perspective.
Par contre, René et René-Charles sont encore disponibles. Apparemment, le couple célère n'est pas pressé puisqu'au dernières nouvelles, même les versions sans accents n'ont pas été achetées. Si ça vous tente.
jetemmerde.com
Pour éviter les litiges, donc, l'OMPI a rédigé un projet de code de conduite qui s'adresse directement aux 244 registraires autorisés de la planète. Il demande, entre autre, une modification des contrats d'enregistrement. Ils exigeraient des futurs propriétaires de nom de domaine qu'ils signent une déclaration de bonne foi. Par exemple, que le nom enregistré ne porte atteinte à la propriété intellectuelle d'un tiers et que ses coordonnées (nom, adresse civique) soient «authentiques et exactes».
Ce qui éviterait, par exemple, qu'un rigolo n'enregistre jetemmerde.com (qui mène directement au site de Microsoft!) sous un faux nom. D'après le WHOIS (sorte de bottin des propriétaires de noms de domaine), jetemmerde.com appartient à un certain «moi groscon (pub@fedou.net), cheztamere, merde, 69 4242, YU». Grossier, pas évident à retracer… et à poursuivre.
Brucespringsteen.com
Un code de conduite que devrait s'appliquer l'OMPI à elle même, qui, paradoxalement, avait permis à Jeff Burgar, quelques semaines auparavant, de garder brucespringsteen.com. Interviewé par une journaliste de BRANCHEZ-VOUS!, Burgar s'interroge sur la logique des juges de l'organisme. Et sur la notion de propriété intellectuelle: «Si je voulais publier un livre sur Céline Dion, je pourrais utiliser son nom dans le titre sans aucun problème, question de liberté de la presse. Alors pourquoi cette même liberté de la presse ne s'applique-t-elle pas aux noms de domaine?»
Chronique rédigée par Gildas Meneu
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Publié dans BRANCHEZ-VOUS! le 01 mars 2001