Acheter en riant
La vague de folie d'Internet est passé. L'an 2000 aura été l'année de la morosité sur le marché des fameux point-com.
Fermetures, licenciements, près de 42 000 employés de ces sociétés ont perdu leur travail l'année dernière. Les experts prévoient un ralentissement de l'économie cette année. Rien ne va plus vraiment…
Mais dans nos universités, les chercheurs continuent à chercher. Une équipe de l'Université de Californie essaye de trouver la clé du succès du commerce électronique. Ou comment faire pour que nous achetions plus. Pour y parvenir, il étudie de près… le rire.
La grande mode dans les magasins virtuels est la recommandation. Comme chez le disquaire près de chez vous. Vous cherchez le dernier disque de Linda Lemay? On vous le trouve, tout en vous recommandant d'écouter Isabelle Boulay. Tant qu'à souffrir.
Des sites comme Amazon.com proposent donc des recommandations similaires lorsqu'on achète en ligne. Mais apparemment, ça ne lève pas.
Les chercheurs américains travaillent donc sur un logiciel qui trouvera facilement ce que vous aimez en analysant ce que vous achetez. Pour le construire, ils étudient notre sens de l'humour.
Ils ont donc mis au point un site Internet de blagues que l'internaute peut noter sur une échelle de «pas drôle» à «très drôle». Pourquoi des blagues? Parce qu'il n'y a rien de plus sympathique à noter, et que l'humour est un excellent révélateur de personnalité. Il est en outre beaucoup plus simple de dire si on a apprécié une blague qu'un film ou un livre.
L'internaute doit donc coter 15 blagues. Grâce aux résultats, l'ordinateur définit son portrait humoristique et lui en propose de nouvelles qu'il devrait donc trouver toutes drôles. L'internaute doit encore les coter. Mais si, par malheur, une des blagues n'est pas trouvée drôle, l'ordinateur continue à essayer, jusqu'à ce qu'il estime être parvenu à cerner parfaitement l'internaute. (En passant, dans mon cas, ce fut un échec. J'aime pas rire.)
L'avantage de ce logiciel, disent les chercheurs, est qu'il est léger et rapide. Car sur Amazon, par exemple, les nombreuses cotes des internautes alourdissent tellement la base de données qu'elles en ralentissent le fonctionnement. Mais les vendeurs en ligne rêvent de comprendre parfaitement leurs clients, afin de leur offrir ce qu'ils désirent.
Est-ce à dire que nous ne sommes que des machines à consommer faciles à piéger? D'après ces chercheurs, l'élaboration de ce logiciel n'est vraiment pas simple. Imaginez, par exemple, qu'il faut prendre en compte que les blagues se suivent, mais ne se ressemblent pas.
Autrement dit, que si vous trouvez une blague absolument hilarante, il y a de fortes chances que la suivante soit moins appréciée. Dans un ordre différent, ces blagues auraient peut-être été cotées différemment.
Ce casse-tête, nos chercheurs n'ont pas fini de le résoudre. Car cela fait appel à beaucoup trop d'humanité. Le contexte d'un achat est en effet un facteur déterminant. Et cela, aucune machine ne pourra le deviner.
Chronique rédigée par Gildas Meneu
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Publié dans BRANCHEZ-VOUS! le 11 janvier 2001