Ordinateurs lavables
Mon vieux dinosaure survit encore. Je parle de mon fidèle ordinateur. J'ai réinstallé Windows tout récemment, en passant même à la version 1998. Yeah!
Ça change tout. Il roule plus vite, débarrassé de tous ces logiciels inutiles qui encombraient sa mémoire. Il se sent plus léger. Moi aussi. Le bonheur, à quoi ça tient…
Mais le clavier, lui, a rendu l'âme. Quelques gouttes de Porto échappées ont achevé sa capacité à mettre sur moniteur ces quelques lignes. J'ai bien essayé de le vider de ces deux grammes de déchets, mais ce fut sans espoir. D'ailleurs, il y avait bien plus que deux petits grammes de poussière. Ça fait monter la moyenne.
Un instant, j'ai pensé balancer le clavier dans la machine à laver. Pas une très bonne idée, en fait. C'est bourré d'électronique qui ne supporte pas l'eau. Que Saint-Isidore, notre saint-patron à tous, ait son âme.
La prochaine fois, je n'aurai peut-être pas ce problème. Le génie de la science est en voie de nous libérer des problèmes de crasse électronique. Cette nouvelle matière s'appelle Elektek, des électro-textiles.
Ce clavier de mes rêves combine les génies de l'électronique et de la fabrication textile. Il est tout mou, tout léger. On peut le plier, l'écraser, le rouler et, surtout, le laver et même le repasser. Fini, les traces de doigts et les cendres de cigarettes.
Et ce n'est que le début. On avance à grand pas vers d'autres applications: un cellulaire au bout d'une manche ou une télécommande intégrée à l'accoudoir d'un sofa. Sans limite.
Ma copine Transgenik va capoter. Cette véritable fan des Palm Pilot pourrait en porter un dans le revers de sa veste. Moi, je m'imagine en train de surfer sur le soutien-gorge de ma blonde. Nos nuits seront pleines de… lectures virtuelles passionnées.
Textiles conducteurs
La magie de cette technologie réside en fait dans l'utilisation de textiles conducteurs, qui composent 50% de l'objet. C'est la révolution des polymères, qui ont déjà permis la création de plastiques conducteurs. La matière n'a plus de secret.
Le clavier en tissu, donc, repère nos doigts dans l'espace, selon les deux coordonnées X et Y. Les touches n'en sont pas véritablement. C'est la pression sur le tissu à un endroit précis qui permet à la machine de reconnaître la requête exigée. À l'intérieur, une véritable toile de fibres conductrices transmet les ordres sous la pression. Tout simplement.
Les créateurs de ce textile, deux copains qui se sont rencontrés alors qu'ils étudiaient la sculpture, n'imaginent même pas tout le potentiel de ce matériau. Ils pensent à d'autres applications plus folles –et plus inutiles-, comme un tapis qui réagit au passage d'une personne en jouant de la musique.
Avec ce projet, la forme devient aussi intelligente que son contenu. Nos lits, nos chaises et nos vêtements pourront réagir à tout nos mouvements. Que l'on pense à la sécurité dans les voitures, ou au confort de nos nuits, les textiles conducteurs pourraient bien changer notre vie. Et pas n'importe laquelle. Une vie lavable à l'eau tiède.
Chronique rédigée par Gildas Meneu
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Publié dans BRANCHEZ-VOUS! le 16 novembre 2000