6000 milliards de milliards de sites
Cela ressemble fortement à une bataille d'experts. La guerre des noms de domaine est non seulement la moins meurtrière de toutes mais aussi la moins sexy. Une histoire d'avocats, en gros.
Pourtant, les chiffres sont éloquents. Le réseau Internet sature. Actuellement, on évalue à 4,3 milliards le nombre potentiel d'adresses sur la toile. Or, il n'en reste que 300 millions de disponibles, soit à peine 7%.
Pourtant, je vous entends d'ici. Avec les .com, .net et autre .ca, les possibilités sont infinies! Pardon. Derrière chaque adresse, se cache une combinaison de quatre nombres (de 0 à 255), baptisée adresse IP (pour Internet Protocol). Exemple: 128.4.101.62. Et c'est là que le bât blesse...
On imagine toujours Internet comme un simple réseau de millions d'ordinateurs, comme une poule sans tête. Il existe cependant un organisme chargé de gérer tout ce fatras, l'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (Icann).
Et justement, l'Icann est en pleine réflexion. Comment régler le problème? Dans le fond, rien de plus simple. Un nouveau protocole IP à huit nombres viendra remplacer l'ancien. C'est mathématique: le réseau deviendra alors une immense jungle vierge de 6000 milliards de milliards d'adresses potentielles.
Dans le fond, oui, mais pas dans les formes. Les .com, les adresses les plus recherchés, continueront à se faire rare. Et les litiges entre sociétés à se multiplier.
Deuxième solution en parallèle, donc, augmenter le nombre de suffixes. À part les .com, .net, .org, .edu et .gov, on recense quelques centaines de suffixes nationaux comme .ca, .fr ou .jp. Des petits pays comme les Îles Tonga (.to) ou Tuvalu (.tv) ont même vendu leur suffixe très imagé à des sociétés qui en gardent la gestion.
Car c'est une question d'image. L'image se garde toujours plus aisément en mémoire. Ainsi, la société Name.space s'est engagé à vendre des noms de domaine se terminant par .shop, .movie, .finance et, bien sûr, .erotica et .sex.
Après maintes discussions houleuses à son congrès de Yokohama, l'Icann a décidé d'autoriser ce genre d'adresses en début d'année prochaine. Lesquelles exactement? Le mystère subsiste.
L'Icann essaie de voir aussi comment éviter une multiplication des conflits devant les tribunaux virtuels. Imaginez que le .cola soit disponible : Coca Cola obtient logiquement de droit coca.cola. Mais à qui appartiendra soda.cola? Si la règle du premier arrivé premier servi subsiste, les avocats feront des affaires d'or.
Mais le plus curieux, dans tout ce débat, est la question de la pertinence. La navigation sur le Web est de plus en plus intuitive. De logos en hyperliens, les adresses se cachent pour devenir, justement, des images. Le jeu en vaut-il dont la chandelle? À long terme, peut-être pas. Et ce sont les bureaucrates de l'Icann qui en décideront.
Un instant SVP…
Des problèmes techniques nous empêchent de vous présenter le super téléphone sans fil promis la semaine dernière. Veuillez patienter jusqu'à la prochaine édition.
Chronique rédigée par Gildas
Meneu
Consultez les chroniques précédentes
Cette chronique est publiée chaque jeudi dans l'hebdomadaire
ICI. ICI est une publication de Communications Gratte-Ciel distribuée
gratuitement à Montréal.
Publié dans BRANCHEZ-VOUS! le 20 juillet 2000