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Un Big Brother en guimauve

Vous connaissez le mot de l'année? Convergence. Cette volonté de fusionner tous les médias en un seul est la nouvelle marotte de professionnels de la communication.

Jusqu'ici, on avait la forte impression que la télévision avait bien l'intention de mettre la main sur Internet. Faut dire que les derniers sondages ne sont pas favorables à la petite lucarne. De plus en plus d'internautes délaissent leur TV pour les joies de la communication interactive sur leur ordinateur personnel.

Peut être dans un esprit de vengeance, CBS vient de récupérer le concept européen de Big Brother, une émission de télévision qui s'inspire à s'y méprendre au monde des webcams d'Internet.

Le concept est simple: 10 individus triés sur le volet passeront trois mois dans une maison truffée de caméras (28) et de micros (60) qui fonctionneront 24 heures sur 24. L'œil de CBS vous regarde.

Ils auront droit à deux valises de vêtements, mais à aucun objet de luxe (lecteur CD, TV, magnétoscope). Côté nourriture: un jardin potager et quelques poules, mais seulement pour les œufs. Pas question de massacrer de pauvres animaux. Chaque semaine, le public votera afin d'exclure un participant. Le dernier «survivant» remportera la jolie manne de 750 000 dollars. Alléchant.

Déception

Très franchement, les vrais amateurs et pionniers des webcams risquent d'être bien déçus. La version télé sera –on peut s'y attendre- complètement édulcorée. Pas question, à une heure de grande écoute, de choquer le téléspectateur moyen. Il faut juste l'exciter. Un peu.

Pour les détails croustillants, il se tournera alors vers le site Internet, où l'action se déroulera en continu. Hola! Eh non, un certain laps de temps entre action et diffusion permettra de censurer les scènes délicates. Voilà qui détruit carrément l'intérêt de la chose.

Sur Internet, voyeur et exhibitionniste ont chacun leurs intérêts. Pour le voyeur, le plaisir réside dans la difficulté de parvenir à observer l'action désirée. Connexion lente, image de mauvaise qualité: il doit faire preuve de patience. Il profite aussi d'un moment unique, qu'il ne partage avec personne. À la télévision, ce sera tout cuit dans le bec et devant des millions de personnes.

L'exhibitionniste, lui, n'est motivé que par son fantasme. Sauf si l'accès a son site est payant. De son côté, le participant de Big Brother n'attend que deux choses: devenir une vedette et gagner le gros lot. Rien à voir.

Déformation

Le roman 1984 de George Orwell décrivait un pays totalitaire, l'Océania, dirigé par un parti unique. Big Brother a toujours représenté l'État et sa volonté de surveiller, de contrôler. Ces dernières années, les internautes ont découvert peu à peu qu'il leur arrivait la même chose. Qu'ils laissent des traces, qu'ils ne sont pas seuls sur la toile.

Perversité de la télévision, l'objet même de propagande remet maintenant la responsabilité de Big Brother entre les mains du public. La victime est devenue l'agresseur. Et elle en redemande. Mais avec beaucoup de guimauve, s'il vous plaît.

Chronique rédigée par Gildas Meneu

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Cette chronique est publiée chaque jeudi dans l'hebdomadaire ICI. ICI est une publication de Communications Gratte-Ciel distribuée gratuitement à Montréal.

Publié dans BRANCHEZ-VOUS! le 29 juin 2000


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