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 Tiré du magazine Influence

Dans la cour du Panthéon

Entraîné dans le monde du rap vers l’âge de 16-17 ans tandis qu’il dansait et n’envisageait pas faire autre chose, Booba devient, envers et contre tous, un point d’appui du rap francophone. Pour le rappeur d’origine sénégalaise et française, la qualité prime sur la quantité, que ce soit au moment de sortir un bon cd qui saura plaisir aux gens ou lorsqu’il est question de rencontrer son public : « Je préfère faire moins de dates mais privilégier la qualité sur la quantité. » Nous serons donc chanceux de pouvoir l’accueillir à Montréal dans le cadre du Festival Urbain, les 4 et 5 septembre 2004, lui qui fait également la première partie du spectacle de 50 Cent, le 25 août prochain. Rien n’est si surprenant dans le fait que Booba ne fasse pas beaucoup d’apparitions publiques ou ne semble, à tout le moins, pas les privilégier, car pour lui, tout tourne autour de sa volonté de marquer son temps, plus que d’être célèbre ou populaire auprès des gens. Il aimerait jouir d’une reconnaissance artistique par les albums qu’il écrit. Loin de se conformer ou de suivre les rangs bien établis, Booba ne voit d’intérêt en cette vie que dans l’accomplissement certain dont il est capable et fait preuve depuis quelques années déjà. Pour lui, le succès n’a de bon que le rôle qu’il joue à lui confirmer qu’il ne travaille pas pour rien. La gloire de Temps mort, en 2002, et la production de 2 albums déjà (Mauvais oeil en 2000) lui auront procuré l’expérience souhaitée pour se sentir bien, à l’aise et beaucoup plus en contrôle sur Panthéon, sorti au mois de mai dernier. Loin de perdre son temps, le rappeur de Boulogne se voit également le fondateur du nouveau label Tallac Records. Bien qu’il soit demeuré discret sur la signification du mot « Tallac », certaines explications ont été réservées au titre du même nom qui joue le rôle d’intro sur l’album. À la fin du morceau, une voix se fait donc entendre : « Le grand manitou a créé les animaux du Mont de Tallac [...]. Si Bouba appartient au deuxième groupe celui des bêtes féroces, il continuera à attaquer les troupeaux jusqu’à la fin de ses jours, c’est certain. Alors la seule chance pour lui de rester en vie c’est de s’exiler dans un endroit où les hommes ne vont jamais et où il ne risquera pas d’être abattu comme une bête malfaisante. » Ce commentaire provient du dessin animé pour enfants Bouba l’ourson et peut facilement rejoindre, sous plusieurs aspects, Booba le rappeur. En ce qui a trait à l’image du Panthéon qu’il s’est fait tatouer dans le dos, il l’a associée à son label Tallac Records. La devise de ce Monument : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante. » Pour Booba, il est évident que l’idée d’une certaine reconnaissance est très présente. Il demeure cependant bien conscient des règles du jeu : « Certains attendent qu’on tombe et d’autres souhaitent que nous continuions à cavaler. » L’arrogance et la violence verbale ne sont donc pas sur le point de quitter la plume de Booba, lui qui se donne quelques albums encore pour « cracher sa rage de métis qui a grandi le cul entre deux chaises et se sent chez lui partout et nulle part ». Inspiré de ses expériences personnelles, Booba puise l’inspiration pour écrire ses textes dans des thèmes qui le préoccupent particulièrement : le racisme, l’esclavagisme, le colonialisme, etc. Venant droit de son coeur, les paroles qu’il offre font preuve d’une grande qualité littéraire. Subtilement, il saura exprimer son mal de vivre et son paradis artificiel dans une phrase comme : « J’ai glissé ma peine et mon insomnie dans la feuille à rouler. » Quand il parle de son écriture, Booba ajoute : « C’est toujours un puzzle de mots et de pensées. Dans la vie, tout s’assemble. C’est fouillis grave dans ma tête, mais à chaque fois, ça se rejoint. » Quand à l’origine du nom Booba, celui-ci explique qu’il s’agit en fait du nom d’un de ses cousins au Sénégal. Pour lui, ça faisait un petit clin d’oeil à ses racines et du côté du dessin animé, il savait qu’il pourrait aussi y trouver quelque chose d’intéressant. Comme de fait, « sa vie pleine d’embûches », « traqué par les hommes », ce ne sont que quelques exemples des liens qu’un peu tout le monde peut faire par rapport à sa propre vie, surtout Booba. Au niveau de sa carrière, Booba garde un regard très lucide : « Je ne me vois pas rapper éternellement, pas à plus de 35 ans. Le rap reste un truc de jeunes, de petits sauvageons! » À son humble avis, quand les jours se feront plus doux et la vie, plus belle, nous n’entendrons plus parler de lui. Ce qui semble évident, c’est que Booba est un meneur de jeu (un numéro 10) et semble vouloir le démontrer jusqu’au bout, même quand il sera temps, pour lui, de faire ses au revoirs.

Site officiel : www.booba92i.artistes.universalmusic.fr

Sophie DeBro. INFLUENCE
sophiedebro@influencemag.ca


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