Il y a trois ans aujourd'hui, l'éditeur britannique de jeux vidéo Eidos Interactive annonçait l'installation d'une antenne à Montréal. Aujourd'hui, le studio emploie 290 personnes et compte atteindre les 360 cette année, comme promis en 2007.
Pour souligner ce troisième anniversaire, QuébecTech a rencontré le directeur général d'Eidos Montréal, Stéphane D'Astous.
Si en trois ans, Ubisoft Montréal avait déjà accouché de deux jeux, le premier bébé d'Eidos Montréal se fait encore attendre. Le studio couve toujours Deus Ex 3 et Thief 4. Un tour du propriétaire nous a permis de comprendre pourquoi les grossesses d'Eidos sont plus longues que celles de certains de ses concurrents.
Tout d'abord, Eidos Interactive a transféré de département assurance-qualité de Londres vers Montréal. Une bonne partie des effectifs montréalais se concentrent donc non pas sur le développement de nouveaux titres, mais sur les tests. Tous les titres AAA de groupe Eidos sont en effet testés ici ce qui représente une somme de travail considérable, d'autant plus qu'Eidos Montréal a eu la tâche de mettre fin à une douzaine de jeux qui ne répondaient pas aux nouveaux critères de qualité de l'éditeur.
Ensuite, il est frappant de constater la petitesse des équipes de développement, une caractéristique chère à Stéphane D'Astous. Selon lui, avec des équipes d'une centaine de développeurs, on conserve des groupes à taille humaine ce qui aide à y installer une ambiance de travail agréable et un sentiment d'appartenance à l'entreprise, ce qui est très important dans un contexte où la main d'œuvre est très volatile. En effet, l'industrie du jeu vidéo québécoise fait fasse à une pénurie de main-d'œuvre importante qui risque encore de s'accentuer avec l'arrive prochaine de Funcom et THQ.
«Chez Funcom, ils vont se concentrer sur les jeux multijoueurs, ce qui n'est pas notre créneau donc on ne devrait pas se marcher sur les pieds pour le recrutement, mais avec THQ ça risque de poser problème», s'inquiète le directeur général d'Eidos Montréal. Cependant, à long terme, c'est le type de jeu développé par chacun et la façon de gérer les équipes qui séduiront les meilleurs.
Stéphane D'Astous explique par exemple que beaucoup de développeurs sont venus cogner à sa porte parce qu'ils rêvaient de travailler sur Deus Ex.

«Deus Ex est un jeu mythique. Pour beaucoup, c'est l'ambition d'une vie que de le développer».
Au plan de la gestion du personnel, il souligne que chez Eidos tout est fait pour éviter les «crunch», ces périodes de production intenses où les développeurs doivent souvent travailler de longues heures pour respecter les délais. «Nous assurons une gestion transparente, nos employés sont mis au courant dès le départ des véritables dates de tombées, il n'y a pas de cachette, ni de changement de date et nous ne gonflons pas les équipes en cours de route pour accélérer la cadence de production.»
Ce modèle de gestion, qui implique des cycles de production plus longs qu'ailleurs, semble plaire à en juger par la moyenne d'âge des travailleurs d'Eidos. En effet, la moyenne d'âge des développeurs est de 34 ans tandis que du côté du contrôle-qualité elle est de 28 ans. «Notre modèle de gestion a su attirer des gens d'expérience», se réjouit Stéphane d'Astous.
Cependant, si la qualité de vie au travail permet de séduire les gens d'expériences comme les nouveaux diplômés, elle n'est pas créatrice de main d'œuvre. Stéphane D'astous travaille donc de concert avec ses collègues des autres studios montréalais au sein de l'Alliance numérique dans le but de créer une nouvelle école du numérique. Celle-ci remplacera le campus Ubisoft dont le mandat prendra fin prochainement.
«Dans certains dossiers, comme la pénurie de main-d'œuvre, nous n'avons pas le choix de travailler ensemble pour bâtir une synergie. C'est essentiel pour que Montréal demeure compétitive comme ville de jeux vidéo», explique-t-il. Pour faire face à la concurrence mondiale, les éditeurs se sont également associés au sein du regroupement Exagram. Ce groupe finance des projets de recherche et développement en arts et technologies médiatiques et veille au transfert et à l'intégration technologique dans les entreprises.
Voyez-aussi une version réduite de notre entrevue avec Stéphane D'Astous sur YouTube.
par Anne-Caroline Desplanques