Avant que mon ordinateur personnel ne crashe des suites d'une panne d'électricité et que j'en vienne à maudire la technologie en général (et Hydro-Québec en particulier), j'étais en train de rédiger un billet sur 8D Technologies, l'entreprise qui conçoit les bornes que Stationnement de Montréal utilise tant pour les parcomètres que pour l'éventuel programme de vélos en partage qu'on verra apparaître le printemps prochain, et qui portera le sympathique surnom de Bixi. L'ironie de l'affaire étant que ces bornes-là, elles, fonctionnent à énergie solaire, et se foutent bien de vulgaires pépins de la trempe d'une panne de courant... ce que reconnaît le palmarès des 50 meilleures inventions de 2008 du Time Magazine de ce mois-ci.
La prestigieuse publication américaine situe le projet de vélos en partage du Maire Tremblay au 19è échelon de son palmarès, ce qui n'est pas rien.
«Quand beaucoup de gens utilisent une ressource commune — disons un programme public de vélos de location pas cher — ils ont tendance à en abuser. Alors quand la ville de Montréal a bricolé son système de vélos publics, appelé Bixi, les concepteurs ont incorporé toutes les technologies imaginables dans l'espoir de surclasser les injustices humaines. Les stations modulaires à alimentation solaire sont branchées sur le Web. Les vélos sont conçus avec une tonnes de composantes scellées afin de résister au traitement sauvage qui les attend sûrement et ils sont équipés d'étiquettes RFID qui les rend facilement repérables.»Voilà ce que le Time dit. Isabelle Bettez, président de 8D Technologies félicite la ville de Montréal pour l'audace du projet. «Montréal est un partenaire qui a beaucoup investi dans le projet», dit-elle. «Et pourtant, c'est très innovateur. Il n'y a pas d'équivalent en Amérique du Nord. Avec ce projet-là, Montréal est perçue ailleurs comme une ville innovante et avant-gardiste.»
Mme Bettez a de quoi pavoiser: sa technologie semble intéresser d'autres grandes villes en Amérique du Nord et en Europe, qui ont déjà déclaré leur intention de mettre en place un tel service de vélos en partage. Elle cite Boston, Minneapolis et San Francisco, au sud de notre frontière.
«C'est un projet qui est très politique, puisqu'il s'attaque à des enjeux comme la pollution automobile, la congestion des rues au centre-ville et l'économie des citoyens», juge-t-elle. Les bornes sont entièrement conçues à Montréal et assemblées au Québec. Un produit à haute saveur technologique de facture entièrement locale, quoi.
Il faut l'avouer, ça tombe dans l'air du temps. En fait, sous cet angle, c'est une rhétorique qui rappelle directement le discours d'un certain Barack Obama... Rappelez-vous: investir dans des emplois locaux à haute valeur technologique ajoutée afin de résoudre les enjeux que sont la pollution, l'énergie et l'économie.
Heureusement que le Maire Tremblay n'est pas en campagne électorale en ce moment. Ça en ferait un de plus qui essaierait de s'identifier au président désigné!
Quant à Isabelle Bettez, son prochain défi technologique est de créer un premier système de transport en commun entièrement unifié: une carte de paiement donnerait accès au stationnement, aux autobus, au métro, aux vélos et aux taxis. Un buffet à volonté du déplacement urbain, en quelque sorte.
Entre temps, on verra au printemps si ce réseau de vélos en partage mérite effectivement de tels éloges, ou si, comme le réseau électrique d'Hydro à proximité des bureaux de Québectech, il tombera en panne à la moindre occasion (ce que semble également craindre le Time, on dirait).
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par Alain McKenna