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jeudi 11 septembre 2008 à 10H15

Les technos, grandes négligées des élections en cours


Élections au CanadaL'éléction fédérale qui approche est une occasion en or pour de nombreux groupes d'intérêt, qui font valoir leurs points de vue auprès d'un et l'autre des partis, l'air de dire: «c'est sûr que si vous incluez une loi ou un amendement allant en ce sens dans votre programme, moi et mes dix mille amis dans le comté, on va voter pour vous.» Or, s'il est un secteur qui souffre, en ce moment, d'une telle organisation, c'est bien celui des technologies, clairement négligé par des politiciens qui, non seulement ne s'y intéressent pas, mais en plus, ne savent même pas comment les utiliser comme du monde.

Pourtant, jamais dans un passé récent y a-t-il eu des enjeux aussi intéressants, voire aussi significatifs dans ce secteur, et pas seulement pour les professionnels du milieu, mais aussi, pour l'ensemble de la population. Prenons seulement la question du throttling fait par certains fournisseurs de services Internet, un contrôle du contenu spécifique qui prend davantage des allures de débat idéologique que de simple affaire à saveur technologique. Peut-on contrôler le contenu d'un média comme Internet, aussi nouveau soit-il? Si oui, est-ce que cela signifie qu'on peut, en définitive, contrôler et limiter le contenu des autres médias? À ce jeu, où se situe la liberté et la neutralité des médias et quel impact est-ce que ça peut avoir sur l'industrie canadienne?

À l'autre bout du spectre, les surplus dégagés par les récentes enchères qu'a menées Industrie Canada, en libérant des fréquences pour de nouveaux réseaux sans fil. Tout près de trois milliards de dollars de plus que prévu sont maintenant à la disposition d'un ministère qui a promis soit de réduire la dette fédérale, soit de réinvestir le tout dans la R&D pour le secteur des télécoms. Avant de se raviser et de se demander publiquement si, en fin de compte, il n'y aurait pas autre chose de plus pertinent à faire avec tout ce bel argent. On n'entend aucun des politiciens actuellement en campagne parler de cet argent comme d'un outil qui permettrait à tous les citoyens canadiens de réduire leur facture mensuelle de téléphonie, ce qui m'apparaît pourtant comme un argument vendeur aurpès des électeurs (vu que tout le monde semble d'accord pour dire que ça coûte trop cher à l'heure actuelle).

Dans la même veine, le professeur de l'Université d'Ottawa Michael Geist publiait un papier sur son blogue lundi, «Digital Issues Deserve a Spot in Election Campaing», dans lequel il mentionne trois autres sujets chauds tant pour les électeurs que pour l'industrie des technos: la concurrence dans le sans-fil, le droit d'auteur à l'ère numérique (maintenant que le projet de loi C-61 a été mis sur une tablette) et la réforme de l'accès à la vie privée. Tous d'excellents sujets qui sont autant de questions à débattre à un haut niveau et qui touchent personnellement des dizaines de millions de Canadien(ne)s. Allez dire à votre tante de Québec qui télécharge des MP3 massivement toutes les semaines que les Conservateurs veulent rendre la chose passible d'une amende salée, ça risque de la faire réfléchir...

J'ajouterais à cela la carte économique suivante: la semaine prochaine, le Cefrio va publier une nouvelle mise à jour de son Indice du commerce électronique qui sera, je l'anticipe, sans appel: les Québécois achètent de plus en plus de produits et de services sur Internet, et ils les achètent surtout sur des sites d'entreprises étrangères, ce qui a fait perdre, en un an seulement, tout près de deux milliards de dollars à l'économie québécoise. Au rythme où ça se passe, ça pourrait grimper à trois milliards l'an prochain, me disait Philippe Le Roux, de l'agence VDL2, qui compile les chiffres de l'Indice pour le compte du Cefrio.

À l'heure d'un ralentissement économique qui suit de près la déconfiture du secteur manufacturier au Québec et en Ontario, aider les entreprises à assurer une présence canadienne en ligne serait la moindre des choses pour qu'elles puissent combattre un peu mieux la concurrence des entreprises étrangères sur leur marché domestique. C'est ce que pensent des observateurs du secteur qui en connaissent un rayon sur le sujet, en tout cas. Ce n'est pas la panacée, mais c'est un outil valable.

Alors voilà. Six enjeux qui affectent l'économie, l'éducation, la culture et quoi d'autre, et personne pour en parler. Il faut dire qu'à voir la façon dont les partis utilisent les nouveaux médias, on a effectivement l'impression que personne, dans ces organisations, est branché sur ce secteur, ce qui en fait manifestement l'un des plus négligés de la campagne actuelle.

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par Alain McKenna




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