Le Huffington Post, dont une version québécoise sera lancée mercredi, créera cet été un réseau télé diffusé sur le Web.
À l'image du Huff Post, qui a bâti son succès sur l'interaction avec ses lecteurs, la chaîne web invitera les internautes à participer.
Par exemple, le segment Defend Your Comment opposera deux lecteurs qui débattront de leurs points de vue après avoir laissé un commentaire sur le site. Le tout se fera via Skype.
«Les gens ne veulent pas seulement qu'on leur parle, ils veulent participer à la conversation», a dit Roy Sekoff, un membre fondateur du Huff Post et responsable de la nouvelle chaîne. C'est lui-même qui a qualifié le nouveau projet de «talk show sans fin».
The Huffington Post Streaming Network, ou HSPN, comme on l'appelle pour le moment, pourra compter sur une équipe d'une centaine de personnes, en plus de la collaboration des autres journalistes du réseau d'AOL.
Des équipes de New York et Los Angeles produiront douze heures de programmation par jour, qui sera rediffusée pendant l'autre moitié de la journée. Les internautes pourront également accéder en tout temps à des clips des meilleurs moments.
La diffusion en live est une nouvelle tendance lourde chez les grandes marques de l'information.
The Wall Street Journal diffuse quatre heures d'émissions en direct chaque jour, tandis que le New York Times vient de lancer un webcast quotidien pour sa section d'affaires.
YouTube, qui avait testé la formule avec quelques événements ponctuels, permet depuis l'an dernier de diffuser en direct sur son site.
Toujours sur YouTube, l'agence de presse Reuters a créé une chaîne qui met en vedette ses journalistes les plus connus.
Et on ne parle même pas des chaînes d'informations télé qui diffusent de plus en plus en ligne, que ce soit en direct ou en différé.
En dehors du monde de l'information, une simple lecture des résultats du site Mashable pour le mot-clé «TV Everywhere» donne une idée de l'étendue de l'osmose qui se prépare entre les médias télés et Web.
Pour AOL, le rachat du Huffington Post l'an dernier a été l'occasion de sortir de l'âge de pierre d'Internet pour se tourner résolument vers l'ère 2.0.
Le géant américain a fait sa fortune avec les abonnements Internet à basse vitesse, les fameux «dial-up». L'an dernier, on estimait que 40% de ses revenus provenaient encore de ce type d'abonnements.
Un an plus tard, le mariage Huff Post / AOL semble porter fruits. Trois nouvelles éditions nationales ont déjà vu le jour (Canada, Grande-Bretagne, France) et trois autres seront lancées d'ici les trois prochains mois (Québec, Italie, Espagne).
Selon sa fondatrice, Arianna Huffington, le nombre de visiteurs uniques par mois a connu une hausse de 47%, pour atteindre 36,2 millions.
En janvier 2012 seulement, 6 millions de commentaires ont été laissés sur les sites du Huff Post.
De façon intéressante, on apprend aussi que 170 nouveaux rédacteurs / reporters se sont ajoutés à l'équipe éditoriale, contre... 9 884 nouveaux blogueurs. Quand on connaît la controverse soulevée au Québec par cette nouvelle pratique de ne pas payer les blogueurs, le chiffre fait sourire.
Quoi qu'il en soit, le succès de la fusion AOL / Huff Post a quelque chose d'ironique. Rappelons-nous qu'en 2000, AOL avait été rachetée par la Time Warner, le grand conglomérat médias.
Cette transaction financière de 200 milliards$, la plus importante de l'histoire, s'était révélée un flop monumental en raison de l'évolution rapide de l'environnement Internet. Alors qu'AOL dominait l'Internet des années 1990, l'arrivée des cablôdistributeurs et de Google l'ont rendu obsolète.
Douze ans plus tard, c'est un petit site de blogues lancé en 2005 avec un fond de 1 million$ qui semble sur le point de relancer AOL dans la cour des grands.
par Patrick Bellerose