L'aventure Rue Frontenac s'est terminée le 1er juillet dernier. Malheureusement, l'issue semblait connue depuis la fin du conflit de travail et le retrait du soutien financier de la CSN.
Le site de Rue Frontenac, de même que son hebdomadaire papier, a été créé comme outil de pression par les lockoutés du Journal de Montréal. Du même coup, le média permettait à ses journalistes de garder la main, et leurs contacts, pendant ce conflit qui s'annonçait particulièrement long. Comme de fait, le lockout a duré plus de deux ans.
Depuis la fin du conflit, en février dernier, le site ne bénéficiait plus du soutien financier de la CSN.
L'équipe restante de Rue Frontenac s'est donc mise à chercher d'autres investisseurs pour poursuivre ses activités.
Le secours est finalement venu de l'homme d'affaires Michel Boisvert, directeur général d'Estrieplus.com, qui a également participé au populaire site LesPacs.com.
Michel Boisvert a fait l'acquisition de Rue Frontenac pour la somme symbolique de 100$. Depuis le 17 juin dernier, il affirme avoir travaillé à un montage financier de 1,2 million$ qui aurait permis au média de poursuivre ses activités.
Mais le montage financier présenté n'était pas «sérieux», selon le journaliste de Rue Frontenac Alain Bisson, qui s'est confié à Projet J.
De plus, un des collaborateurs de Michel Boisvert, Michel Strecko, serait lié à un groupe de motards et a déjà été condamné pour extorsion.
Devant cette situation, les artisans ont quitté le navire, emportant avec eux leurs articles, qui demeuraient leur propriété.
Rue Frontenac est donc devenu une coquille vide et Michel Boisvert semble naturellement considérer mettre une fin définitive à son projet, ayant perdu ses journalistes et son contenu.
Malgré tout, sans ces événements, on voit mal comment un quotidien comme Rue Frontenac aurait pu survivre.
Bien sûr, son équipe était constituée de journalistes talentueux. Mais, comme le soulignait Julien Brault sur le site du journal Les Affaires, un quotidien en ligne peut difficilement maintenir une équipe de journalistes au Québec.
Selon les calculs de Julien Brault (qu'il avoue approximatifs), avec ses 400 000 visiteurs uniques par mois, Rue Frontenac dégageait environ 19 200$ par mois. Et ce, avant d'avoir payé les frais d'hébergement du site Web et autres frais d'exploitation.
Pas de quoi se payer une équipe de journalistes chevronnés, même en acceptant des baisses de salaires drastiques.
Le projet de Michel Boisvert était de miser sur un réseau de site régionaux, avec le site de Rue Frontenac comme portail national. Des articles de Rue Frontenac auraient été repris dans les sites affiliés.
On ne saura jamais si le projet aurait pu être viable. Mais étant donné la forte compétition entre Quebecor et Transcontinental pour les régions, et le peu de revenus disponibles via le Web, on aurait pu douter des chances du projet.
C'est malheureux, mais le Québec semble être un marché trop petit pour un projet aussi ambitieux.
par Patrick Bellerose