Les éditeurs craignent le système d'abonnements qu'Apple devrait lancer bientôt pour l'iPad.
La rumeur circulait depuis longtemps, elle semble se confirmer. Le service d'abonnements sur iPad risque de contraindre les éditeurs dans un système qui serait la propriété d'Apple. Pour le moment, l'entreprise n'offre pas la possibilité de s'abonner.
Selon l'article 11.2 de la dernière version des conditions d'utilisation de l'Apple Store, «toutes les applications utilisant une solution de paiement tierce (à l'acte ou par abonnement) seraient refusées (ou abandonnées pour celles déjà acceptées) et ce, à compter du 30 juin prochain.»
C'est du moins ce qu'écrit dans un communiqué le Groupement des Éditeurs de Services en Ligne (GESTE) qui affirme avoir obtenu le document via son service juridique. Le GESTE regroupe une centaine d'éditeurs français et est présidé par Philippe Jannet, PDG du Monde.fr.
Les membres du GESTE, tout comme de nombreux éditeurs de par le monde, craignent une hausse des coûts pour la distribution numérique, de même que la perte de données sur les abonnées, des informations essentielles pour tous médias.
En effet, si on ne sait pas qui sont nos lecteurs, comment vendre efficacement de la pub?
Dans le cadre d'une entrevue pour un magazine, Bernard Descôteaux, directeur du journal Le Devoir, me confiait récemment que cette politique, si elle est appliquée, serait un frein au passage des quotidiens sur l'iPad. «Les éditeurs ont besoin des données sur les abonnées pour bien définir leur produit», a-t-il dit.
Il ajoute toutefois qu'à un coût de développement entre 50 000$ et 60 000$, Le Devoir ne prévoit pas développer une application iPad tout de suite.
Les éditeurs de magazines américains aussi s'inquiètent. Selon ce texte du New York Times, les grands de l'édition tels Hearsts, Condé Nasts et Times veulent aussi obtenir un service d'abonnements pour fidéliser leur clientèle, sans perdre les informations sur leurs lecteurs.
À cet effet, ils espèrent que les concurrents de l'iPad, notamment ceux de Google et Blackberry, mettront fin à l'hégémonie d'Apple et forceront l'entreprise à négocier.
Outre les abonnements, ces éditeurs espèrent aussi monétiser leur contenu à travers la vente de produits secondaires, comme des applications pour le voyage ou des guides de cuisine.
Toutefois, Jeff Mignon, consultant spécialisé en médias numériques, souligne que le iPad ne peut sauver les éditeurs de magazines ou de quotidiens. «Moins de gens s'intéressent à l'info que par le passé, dit-il. Le problème n'est pas le support, c'est le contenu.»
«Si je n'aime pas Dalida, illustre-t-il, vous pouvez me le proposer sur vinyle, sur CD ou sur MP3, je ne l'achèterai toujours pas.»
En somme, le défi est de faire migrer les lecteurs existants sur un support numérique, pas tellement de regagner les lecteurs perdus. Dans cette bataille, pour le moment, Apple semble vouloir faire cavalier seul.
par Patrick Bellerose