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jeudi 22 juillet 2010 à 5H00

Twitter nous rend-il stupides?


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Si Google ramollit notre cerveau, les médias sociaux, eux, détournent notre regard d'une large partie du monde qui nous entoure.

Il y a deux ans, Nicholas Carr publiait un essai dans The Atlantic Magazine intitulé «Is Google Making Us Stupid».

L'auteur s'y plaignait de ne plus pouvoir lire de longs textes depuis qu'il utilise Internet quotidiennement. Son cerveau, lui semblait-il, refusait désormais de se plonger dans de longues lectures, préférant surfer sur de courts textes.

Un blogueur cité dans son texte affirme même ne plus lire de livres, bien qu'il soit diplômé en littérature et ait longtemps été un fervent lecteur.

D'ailleurs, Carr cite une étude de la University College London qui a été une des premières à tester les habitudes de lectures sur un ordinateur.

L'étude affirme:

«It is clear that users are not reading online in the traditional sense; indeed there are signs that new forms of "reading" are emerging as users "power browse" horizontally through titles, contents pages and abstracts going for quick wins. It almost seems that they go online to avoid reading in the traditional sense.»

Bien sûr, Internet a mis à la disposition du public plus d'informations que jamais par le passé. Mais Carr se demandait comment cette nouvelle forme de lecture, plus superficielle, affecterait nos cerveaux.

Voilà maintenant qu'un autre penseur, Ethan Zuckerman, chercheur senior au Berkman Center for Internet and Society de l'université Harvard, soulève une observation similaire: avec l'arrivée des médias sociaux, le Web, qui devait nous ouvrir tant d'horizons, est largement devenu un environnement où on ne communique qu'avec ceux qui nous ressemblent.

La fortuité (un terme traduit en anglais par le beaucoup plus poétique «serendipity») des débuts du Web, où une série de liens nous menaient rapidement à des pages insoupçonnées, est largement remplacée aujourd'hui par des pages proposées par nos amis via Twitter et Facebook. Ainsi, on cultive une réflexion circulaire, où des gens aux opinions et aux intérêts similaires aux nôtres nous proposent des textes à lire et des pages à visiter.

Pourtant, la Coupe du monde de soccer nous a démontré que le Web est beaucoup plus multiethnique que nous pouvons en avoir l'impression. Comme le démontre Zuckerman dans une conférence de TED Global, Twitter est dominé par les Noirs aux États-Unis et par les Brésiliens globalement.

Mais peu d'entre nous en sont conscients. Pour ma part, mes feeds Facebook et Twitter, sont dominés par des caucasiens intéressés par le monde des communications et du marketing.

Ajoutez à cela, comme le faisait remarquer récemment le chroniqueur Steve Proulx, que la critique est généralement absente sur les réseaux sociaux: «Dans les réseaux sociaux, tout le monde il est d'accord, tout le monde il est heureux, tout le monde il est beau, bon, gentil. Tout le monde, surtout, il est téteux. [...] Sur Facebook, le sarcasme, la remarque désobligeante, voire le simple débat, sont à peu près absents. Les gens s'expriment et attendent les bravos. Mais rarement ai-je été témoin d'un véritable débat avec des pour et des contre. Rarement.»

Que ce soit en affaires, en science ou en arts, l'innovation se nourrit de la confrontation des idées et des opinions. Le Web est une formidable occasion de se frotter à d'autres réalités, à la condition de sortir des sentiers battus.

Pour commencer, il y a toujours le site Stumble Upon, la fabuleuse série de conférences TED où des sites tel Global Voices, cofondé par Ethan Zuckerman.

Pour voir la conférence complète de Zuckerman, cliquez ici.


par Patrick Bellerose




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