Aux États-Unis, des éditeurs web gardent un tableau qui affiche en temps réel le score des textes les plus lus.
Comme le rapportait dimanche un texte du New York Times, le site Gawker a installé un écran de télévision dans sa salle de rédaction où la liste des dix textes les plus populaires est constamment mise à jour.
Pour sa part, le Christian Science Monitor envoie quotidiennement à ses journalistes les résultats de chaque article.
Certains, comme Gawker et Bloomberg News, paient leurs journalistes en partie selon les taux de lecture de leurs textes.
En conséquence, les journalistes sont plus que jamais en compétition. La popularité d'une nouvelle n'est plus seulement subjective, elle peut être mesurée.
Le coordonnateur du programme de médias numérique à la prestigieuse Columbia University se dit préoccupé. «Quand mes étudiants reviennent me visiter, ils semblent aussi épuisés que s'ils avaient travaillé pendant dix ans, pas seulement quelques années, a confié Duy Linh Tu au NY Times. Je crains qu'ils fassent des burn-out.»
Plus près de nous, un incident ce printemps a mis en évidence une autre réalité du journalisme web.
Le journaliste Stéphane Malhomme a été congédié de TVA après avoir repris de larges pans d'un texte paru sur RueFrontenac.com, le site des employés en lock-out du Journal de Montréal.
Le geste a d'abord été décrié par tout le monde, laissant Stéphane Malhomme seul comme un paria.
Mais la publication d'une lettre où il explique les circonstances de son geste apporte un éclairage différent.
La simple description de ses tâches donne le tournis:
«Mon poste de pupitreur web demandait de nombreuses tâches, dont: 1) Éditer et mettre en ligne au moins deux vidéos par jour (On s'investit, Argent Maintenant, diverses entrevues), 2) raffaîchir les « tickers » qui apparaissent sur le Canal Argent TV (Cours du pétrole - Or), 3) Editer / mettre en ligne les textes de certains collègues. 4) Pour chaque texte trouver une photo illustrative 5) Écrire mes propres articles, en faisant mes propres entrevues soit en profitant des invités qui venaient parler sur le plateau du Canal Argent. 6) Gérer le site internet, décider de quels articles mettre en valeur dans le site, où les afficher. 7) Mettre en ligne les articles des chroniqueurs. 8) Préparer un document quotidien sur les variations des cours du pétrole et de l'or, appelé Infofinance.»
Ouf!
Je vous invite à lire le reste du texte pour prendre le pouls d'un certain journalisme web.
Comme l'explique l'éditeur exécutif du site Politico au New York Times, Jim VandeHei, auparavant, les journaux ne connaissaient qu'un seul bouclage chaque jour.
Désormais chaque heure est une heure de tombée.
Entre le stress de ce rythme de production et la précarité de nombreux emplois en journalisme web, il ne faudra pas s'étonner de voir un haut taux de roulement et les cas de burn-out se multiplier.
par Patrick Bellerose