Quand Rupert Murdoch a créé l'opérateur de télévision par satellite BSkyB, en 1982, personne ne croyait que le public voudrait payer pour regarder la télé.
On sait ce qui est arrivé. La télé spécialisée et payante est aujourd'hui en bonne posture financière, alors que les chaînes généralistes peinent à boucler leur budget.
Aujourd'hui, le grand patron de NewsCorporation se bat contre la gratuité sur le Web, qui semblait aller de soi encore récemment.
S'agit-il simplement d'une lubie ou le vieux lion australien de 79 ans se révélera-t-il à nouveau un prophète des médias?
Côté lubies, Rupert Murdoch a eu son lot de combats insensés, comme le décrit bien un portrait que New York Magazine lui a consacré l'hiver dernier. Dernier en date, il souhaite, avec l'acquisition du Wall Street Journal, acculer le New York Times à la faillite.
«The Gray Lady», comme l'appellent les Américains, est beaucoup trop libéral pour ce propriétaire de Fox News.
Toutefois, il en a coûté 5 milliards$US à son entreprise pour acquérir le WSJ. On évalue que c'était probablement près de deux fois sa valeur réelle. «[Buying the Journal] was the worst deal he ever did. It never made sense, a expliqué à New York Magazine un ancien dirigeant de News Corp. He had no justification for why he should buy it--he just wanted it.»
Maintenant, Murdoch veut imposer son modèle d'affaires sur le Web.
Il s'en est d'abord pris à Google, bien qu'il soit un ami personnel de ses fondateurs, Sergey Brin et Larry Page. Il souhaitait que l'entreprise de Mountain View cesse de mettre en ligne gratuitement une partie de son contenu, via Google News. Ou alors que Google paie pour publier le contenu, suggérait Murdoch.
Il a ensuite érigé un «paywall» sur le site de son quotidien anglais The Times, le 2 juillet dernier.
Moins d'un mois plus tard, les premiers résultats sont arrivés et les chiffres ne sont pas jolis: une baisse de 90% des lecteurs et un recul de deux tiers des parts de marché, selon les sources disponibles.
Une telle chute du lectorat est typique pour les sites devenus payants. La question est de savoir s'ils peuvent être rentables.
Le modèle fonctionne dans certains cas. Le WSJ et le Financial Times ont tous deux eu du succès avec les abonnements. Il s'agit toutefois de publications d'affaires qui offrent une forte valeur ajoutée et leur contenu constitue un avantage compétitif. Sans compter que l'abonnement peut être défrayé par l'employeur des traders et autres professionnels du monde des affaires.
Mais le lecteur moyen est-il prêt à payer pour du contenu qu'il peut retrouver ailleurs gratuitement? Rien de moins sûr.
Si Rupert Murdoch souhaite tant protéger ses contenus, c'est en partie pour mieux abreuver les médias électroniques de son vaste empire. «Content is not just king, it is the emperor of all things electronic, disait-il en février dernier lors d'une conférence téléphonique avec les analystes financiers. Without content the ever larger and flatter screens, the tablets, e-readers, and the increasingly sophisticated mobile phones would be lifeless.»
Donner le contenu dans le contexte d'une entreprise multimédia équivaut à se faire hara-kiri.
Bien sûr, les entreprises médiatiques 100% Web ne voient pas les choses du même angle. Lors d'un débat tenu durant la conférence Fortune Brainstorm Tech ce week-end, Jimmy Pitaro, vice-président, médias, de Yahoo! s'est dit fermement en faveur de la gratuité.
Tout comme Brian Sugar, de Sugar Inc (fondateur de sites tels PopSugar.com) qui a déclaré lors de la conférence: «We love paid... for our competitors».
Le futur sera fort probablement un mélange des deux approches: des dépêches gratuites et des reportages payants.
Mais, d'ici là , Rupert Murdoch a les moyens de mener une longue guerre, notamment en réduisant ses prix publicitaires, une de ses tactiques favorites. Après tout, les journaux ne représentent qu'une fraction des revenus de News Corporation.
Et puis, il a une tête de cochon.
Il en aura bien besoin.
par Patrick Bellerose
"Le futur sera fort probablement un mélange des deux approches: des dépêches gratuites et des reportages payants."
Personnellement, j'aime bien ce modèle d'affaire employé par «Le Devoir».
Le probleme est que les gens vont regarder le contenu gratuit, blogs etc...
et n'auront peut etre plus un portrait complet et bien pesé de l'information qu'un journaliste offre.
Si facebook deviens payant demain, plus personne ne l'utilisera et les gens iront sur un autre site gratuit.
Si branchezvous devient payant, meme chose, je me tournerais vers d'autres sites gratuit et autres bloggeurs. Ce n'est pas ce qu'il manque sur le web.
Avec le web la concurrence a l'information payante sera toujours presente et puissante.
Et les politiciens auront toujours interet a avoir de l'information accessible et gratuite pour controler les foules et informer de ce qu'ils font ou veulent faire. (Donc les lois ne risques pas de changer)
Pareil pour les entreprises, elles ont besoins de pub, de promotion, elles ont besoin de l'information gratuite. par exemple : Comment GM ferait pour vendre des voitures si tout les journaux web sont payants ? non, ils ont besoins d'articles accessibles a tous et pas seulement aux payeurs.
Ayant eut acces a des sites payants, j'ai souvent trouvé peu de valeur ajoutée, voire meme cette information payante etait moins pertinente ou riche que la meme gratuite trouvée ailleurs. Je ne suis meme pas sur que le payant aurait un avantage en fait.
Le Wall Street Journal à la sauce Fox ... cinq milliards n'est pas trop pour convertir tout ce lectorat en brutes à la O'reily. La fin du monde s'en vient vraiment plus vite qu'on pense; il faut amasser autant d'argent avant que ça pète et Murdoch le sait!
Murdoch?
Qu'y crève!