C'est l'heure des grandes acquisitions dans le monde des médias. Quelle sera la place de l'information régionale dans ce nouvel ordre médiatique?
Il y a d'abord les difficultés financières de Canwest. Fortement endettée, l'entreprise pourrait vendre ses activités télé à Shaw Communications.
Pour sa part, Torstar, éditeur du Toronto Star, pourrait mettre la main sur les quotidiens de Canwest. Ceux-ci incluent The Gazette, ainsi que le National Post et le Ottawa Citizen.
De son côté, Cogeco achète les stations radio de Corus, dont CKOI, CKAC Sports et le 98,5FM. Le président de Corus a affirmé vouloir concentrer ses activités sur les chaînes télé du groupe.
D'ailleurs, les annonces faites par Shaw Communications et Corus sont peut-être plus reliées qu'on le pense; les deux entreprises sont détenues par la famille Shaw, qui semble vouloir s'imposer comme diffuseur télé.
Avec cette concentration croissante des médias dans quelques mains, peut-on encore espérer une couverture adéquate des régions du pays?
Si le passé est garant de l'avenir, les grands groupes médiatiques ont tendance à «rationaliser» et à faire de «l'intégration verticale».
Par exemple, Corus a récemment imposé l'émission matinale de Paul Arcand à ses auditeurs de l'Outaouais, de la Mauricie, de l'Estrie et du Saguenay. Même s'il s'agit d'une excellente émission, les auditeurs locaux perdent au change en termes de couverture journalistique locale.
Bien sûr, le phénomène n'est pas nouveau.
En octobre 2008, le Conseil de presse du Québec a fait le tour de la province pour établir «L'état de la situation médiatique au Québec» (résumé ici).
Un des principaux constats? «Le public déplore largement le manque de couverture régionale, tant factuelle qu'éditoriale, et cela, dans tous les types de médias. Pour la majorité des participants de la tournée, les citoyens connaissent mal le Québec et estiment largement
que leur réalité est peu ou mal représentée.»
Le document poursuit: «Le manque de représentation régionale crée l'impression qu'il ne se passe rien dans les régions, alors que l'information constitue un élément clé pour mieux faire connaître les nombreuses ressources, les emplois disponibles et l'ensemble des développements qui y ont cours. Cette impression explique en partie l'exode des jeunes et les difficultés de recrutement pour les entreprises régionales. Les jeunes, n'ayant pas conscience de l'importance des régions et des projets qui s'y développent, préfèrent les grands centres. Pour être reconnus et acquérir une notoriété importante, les citoyens estiment devoir se déplacer vers les grands centres urbains.
Le manque de représentation des régions dans les grands médias a également un impact au niveau politique. L'absence de visibilité des élus et des enjeux régionaux générerait une mauvaise compréhension des problèmes et des difficultés vécues dans les régions. Comme les sujets débattus à l'Assemblée nationale proviennent souvent des médias, en l'absence de couverture, il devient difficile de faire avancer les dossiers, les politiciens n'étant pas informés des enjeux régionaux.»
Parmi les pistes de solutions, le document du Conseil de presse propose d'exiger des médias un «tour des régions» régulier, un peu à manière de l'émission Maisonneuve en direct, sur les ondes de la Première chaîne.
En effet, on est toujours étonné, en écoutant ce segment de l'émission de Pierre Maisonneuve, d'apprendre qu'il y a des enjeux importants hors du Plateau Mont-Royal, disons à Moncton ou au Saguenay.
Autre piste de solution du Conseil de presse, des participants ont suggéré un certain quota de nouvelles «positives» au sujet des régions.
Je ne suis pas certain d'être d'accord avec cette dernière approche, mais le commanditaire de ce segment est déjà tout trouvé.
par Patrick Bellerose