En laissant les internautes publier leurs commentaires n'importe comment, les médias ont créé un monstre dont ils aimeraient bien se débarrasser...
Hier matin, la section Médias du New York Times rapportait les efforts déployés par plusieurs quotidiens en ligne pour restreindre l'utilisation de commentaires anonymes en provenance de leurs lecteurs.
Gros soupir de soulagement collectif du côté de plusieurs journalistes-blogueurs, dont Marie-Claude Lortie, de La Presse, qui écrit:
«Voilà trois ans que j'écris ce blogue. Trois ans que je lis vos commentaires. Trois ans que je me dis qu'il y en a des pertinents, des intelligents, des bien écrits, des rigolos. Trois ans aussi que j'ai droit à des torchons, des textes méchants, bêtes, très mal écrits, diffamatoires, parfaitement inutiles...
(...)
Il est temps que les choses changent. Les pages de commentaires des blogues ne sont pas des poubelles où tout un chacun peut déverser les ordures qui lui trottent dans la tête.»
Dans son numéro de septembre 2009, le magazine - Trente - se penchait sur le sujet du courrier des lecteurs à l'ère du web 2.0... et du désarroi de plusieurs rédactions de journaux devant les centaines de commentaires anonymes laissés sur les sites web des quotidiens.
Alors que la page «Courrier des lecteurs» de leur journal imprimé est filtrée pour en retirer les impuretés, les blogues et zones de commentaires sur leurs sites sont de véritables souks, où reignent fouillis, confusion, prises de becs et demi-vérités.
Car sur Internet, il y a une dimension marketing au courrier des lecteurs. Les commentaires sont comme les galeries de photos, les vidéos ou les podcasts: ils font partie de l'arsenal de gadgets utilisés pour attirer et garder les internautes le plus longtemps possible. Les médias ont toujours considéré les commentaires des lecteurs comme un mal nécessaire: c'est le prix à payer pour courtiser cette clientèle étrange que sont les internautes.
À la base, les journaux ne sont pas des communautés d'opinions; ce sont des vecteurs qui transportent l'information et les idées de leurs journalistes et éditorialistes vers les lecteurs. Le trafic a toujours été à sens unique.
Mais voilà qu'avec le web, du jour au lendemain, ce trafic va dans tous les sens: plus seulement du médias vers ses lecteurs, mais aussi des lecteurs vers le média, et des lecteurs entre eux.
Unidimensionnels par le passé, les médias sont devenus, grâce au web, de vastes forums où se mêlent opinions contradictoires, suppositions, incompréhensions, rumeurs, faussetés et insultes. Et la plupart n'ont pas réalisé l'énormité de la tâche qui les attendait. Ils ont dû s'improviser animateurs de débats, ce qu'ils n'avaient jamais été auparavant.
Pris au milieu de tout ça, les journalistes-blogueurs ont été les premiers à être submergés par la vague. Richard Martineau, qui tient un blogue sur Canoë, est un de ceux-là . Il a pété sa coche en novembre 2007, au moment où on annonçait que l'avocate Susan Corriveau lui intentait une poursuite de 200 000$ pour des propos diffamatoires publiés en commentaires sur son blogue.
En admettant qu'il puisse exister des outils techniques fiables pour assurer la surveillance 24 heures sur 24 d'un site qui peut recevoir entre 300 et 500 commentaires par jour, il faudrait quand même engager des gens qui fassent le tri de ce qui est publiable ou non. Ce qui implique des coûts.
C'est l'unique raison qui, selon moi, pousse les quotidiens à restreindre la formule du commentaire anonyme.
Mais la VRAIE solution, il faut la chercher ailleurs. Il faut que les sites de médias se posent la question qu'ils auraient dû se poser au tout début: voulons-nous profiter de notre pouvoir d'attraction en tant que média pour former une véritable communauté?
Les deux métiers sont différents. Et il y a moyen de réconcilier les deux.
Mais laissons parler un des grands spécialistes des communautés au Québec. Comme le dit si bien mon ami Bruno Boutot:
«Les gens participent où on les accueille et comme on les accueille.
Si vous les traitez comme des chiens, ils vont vous traiter comme des chiens.
Si vous voulez des participants de haute qualité (dans n'importe quel domaine), créez les conditions pour qu'ils soient heureux et fiers d'être chez vous: donnez-leur une page personnelle où on retrouve leurs contributions, laissez leur la propriété de leur création, récompensez et compensez les plus appréciés, créez un sentiment d'appartenance, apprenez à vos journalistes qu'ils vont faire du meilleur travail avec des gens brillants que tout seul dans leur coin.»
par Romain Bédard
Un autre problème du "tri" des messages affichés sur les blogues est la "censure" du contenu...Par exemple, dans la presse écrite, ce sont souvent les mèmes personnes qui sont publiées dans le courrier des lecteurs. J'ai moi-même envoyé plus d'une dizaine de texte non-publiés dans la Presse...sans publication. La "liberté" du blogue c'est justement ce "manque" de censure qui mène à l'affichage de textes stupides, mensongers ou odieux...Le prix à payer dans une société libre c'est la vue ou la réalisation du fait que certains d'entre nous sont stupides ou haineux...Mais il y a danger en confiant à une ou plusieurs personnes le droit de "choisir" les textes affichés ou non sur les blogues que celles-ci en plus d'éliminer la haine ou le mensonge flagrant, écartent aussi les opinions différentes des leurs. Surtout au Québec, où il est de plus en plus difficile de trouver des opinions divergentes du "modèle québécois" de Gilles Duceppe dans les médias écrits et télé traditionnels en français...Prudence et mesure sont donc à suivre pour tout plan de revue des textes publiés sur les blogues...Merci de m'avoir lu. Aymerie Lefebvre, ing.