Si Internet est véritablement «l'autoroute de l'information», le développement de la haute vitesse en région devrait peut-être être financé par les programmes d'infrastructures de nos gouvernements, au même titre que les ponts et les routes.
Après tout, nous vivons dans une économie du savoir. La circulation de l'information est devenue aussi vitale que celle des biens et des personnes.
Le CRTC se penchera sur la question de l'accès à Internet haute vitesse lors d'audiences l'automne prochain.
L'organisme fédéral de régulation pourrait obliger les entreprises de télécommunications à étendre leurs réseaux haute-vitesse dans les régions moins densément peuplées, comme ce fut le cas pour les lignes téléphoniques et Internet de base.
Sans trop de surprises, Telus, qui forme avec quelques grandes entreprises un oligopole au pays, s'oppose à la mesure. L'entreprise juge la mesure non rentable, et elle a probablement raison.
Mais il s'agit ici de fournir l'accès à un service jugé essentiel par de nombreux acteurs de notre société.
Dans sa lettre ouverte au premier ministre Charest pour la mise en place d'un plan numérique au Québec, Patricia Tessier, alors vice-présidente marketing de Sun Média Québec (Quebecor), écrivait en octobre 2008: «Nous sommes d'avis que les investissements dans l'économie numérique accroissent la compétitivité de l'ensemble des autres secteurs de l'économie et que la préparation d'un plan de développement de l'économie numérique est un impératif pour le gouvernement québécois.»
Elle ajoute plus loin : «Le gouvernement québécois doit garantir l'accès à tous les Québécois à Internet haut débit partout dans la province.»
Le texte a été repris par de nombreux blogueurs en appui à l'initiative.
Patricia Tessier laisse au gouvernement le soin de déterminer par quel moyen il pourra garantir l'accès pour tous à Internet haute vitesse.
Mais Monique Chartrand, directrice générale de Communautique, un organisme qui enseigne aux nouveaux utilisateurs à naviguer sur le Web, me proposait une solution toute simple lors d'un reportage sur la question l'an dernier.
«Les gouvernements devraient assumer ce coût [pour la mise en place d'un réseau haute-vitesse dans les régions éloignées] parce qu'Internet est désormais un service essentiel, disait-elle. Il faut voir cela comme la construction des barrages hydro-électriques.»
La question mérite d'être posée : si les entreprises ne veulent ou ne peuvent garantir un accès égal à toute la population, nos gouvernements devraient-ils intervenir?
Ils le font déjà à travers une série de mesures, mais plusieurs observateurs jugent que c'est insuffisant.
L'Australie a déjà annoncé la création d'une entreprise d'État pour mettre en place un réseau haute-vitesse national au coût de 31 milliards de dollars américains.
Mais, avouons-le, on ne peut s'entendre sur un nouvel échangeur autoroutier ni faire sortir de terre un méga-hôpital; on voit d'ici la pagaille pour un projet d'une telle envergure!
Dans ce contexte, l'option du CRTC a beaucoup plus de chances d'être retenue.
Quelle que soit l'approche privilégiée, il est essentiel que tous les Canadiens puissent avoir accès à une large bande passante.
Il en va de la santé de notre économie, et un peu de l'égalité des chances pour tous.
par Patrick Bellerose