Le tirage du journal Le Devoir a augmenté de 2,39 % sur la même période l'an dernier, selon l'Audit Bureau of Circulation (ABC). De plus, le quotidien affirme que son site web connaît une hausse d'achalandage de 25 % depuis novembre 2009, malgré qu'il soit partiellement payant.
Seuls deux autres journaux voient leur tirage progresser. Il s'agit du quotidien de Sherbrooke La Tribune (3,92%) et du trifluvien Le Nouvelliste (2,34%). Tous deux sont des propriétés du groupe Gesca.
Les autres quotidiens québécois affichent tous une baisse, plus ou moins significative.
Ces chiffres sont basés sur une période de six mois se terminant le 31 mars 2010.
Fait à noter, le tirage des journaux du groupe Sun Media (Quebecor) n'est plus comptabilisé par ABC et n'apparaît donc pas dans ce palmarès.
La progression du journal Le Devoir, au sortir d'une récession et à l'ère de la nouvelle en 140 caractères, a de quoi étonner.
Le quotidien de la rue Bleury a probablement bénéficié en partie de l'attention médiatique entourant les célébrations de son centenaire. Mais Le Devoir reste le journal des intellectuels et son site payant va à contre-courant de l'industrie.
Il n'est pas certain que le modèle d'affaires en ligne du Devoir puisse s'appliquer à d'autres quotidiens. Le Times, le Sunday Times et Le Monde testeront bientôt la formule payante, on verra bien avec quels résultats.
Toutefois, le succès du Devoir est surtout celui de l'intelligence et, d'une certaine façon, du journalisme. Combien de fois avons-nous entendu des blogueurs et autres chantres du Web affirmer que le journalisme deviendra obsolète avec l'arrivée des médias sociaux?
Selon ce raisonnement, les journaux ne seraient guère plus que des relayeurs de dépêches et de communiqués de presse, de l'information disponible gratuitement sur Internet.
Le succès du Devoir semble leur donner tort.
Il prouve que l'enquête, l'analyse et la réflexion sont encore un bon fonds de commerce pour un journal qui y met l'ambition.
D'ailleurs, ce ne sont pas des blogueurs ni des «journalistes-citoyens» qui ont mis à jour les scandales qui ont ébranlé l'industrie de la construction et la mairie de Montréal.
Le défi des propriétaires de journaux est plutôt technologique. Dans une allocution devant le Cercle canadien en février dernier, Bernard Descôteaux, directeur du Devoir, l'admettait volontiers : «On ne sait trop où les technologies d'information nous conduiront ces prochaines années car on n'est pas rendu au bout de cette révolution. Chose certaine, ce sont les TI qui détermineront notre avenir, comme ce fut le cas depuis toujours».
Il ajoutait toutefois : «Il n'était pas rare d'entendre jusqu'à récemment des experts prédire la fin des journaux pour très bientôt. Certains fixaient même une date. Ils sont devenus plus prudents aujourd'hui».
En attendant que se dessine un véritable modèle d'affaires en ligne, Le Devoir, comme bien d'autres médias, expérimente avec les nouvelles technologies. Et c'est tant mieux. On a vu le très sérieux quotidien se joindre à Facebook et développer la baladodiffusion pour souligner son centenaire.
Si le succès de ces initiatives est mitigé, l'important est d'expérimenter.
Mais le journalisme, chers amis blogueurs, a encore de belles années devant lui.
par Patrick Bellerose
Come il est inscrit en commetaire dans l'article de RueFrontenac que vous vitez ici:
Cher Jean-François
Tout d'abord, c'est gentil de me considérer comme une gourou. Venant de toi, ça me flatte. Puis je n'ai jamais annoncé la mort des journaux. J'ai plutôt parlé de leur transformation et de l'apport de plus en plus essentiel du citoyen à l'activité journalistique et de l'importance pour le journaliste de monitorer ce qui se fait sur la toile. D’ailleurs dans mon billet La crise appréhendée des journaux au Québec, j’explique pourquoi le raz de marée qui secoue les journaux d’Amérique, sera moins important au Québec qu’ailleurs. J’ai cependant annoncé la mort lente des annonces classées et c’est un fait que partout en Amérique du Nord (et plus lentement au Québec à cause de la différence de la langue) les gens utilisent les services d’annonces classées gratuits tels que Craigslist ou Kijiji. J’aurais pu aussi ajouter que même l’industrie de la vente immobilière se modifie grâce à des services en ligne comme Duproprio.com. J’invite aussi tes lecteurs à écouter par eux-mêmes ma conférence qui est en Webdiffusion gratuite sur mon billet Webdiffusion de ma conférence sur l’avenir des médias.
Il est aussi ironique que ton syndicat ait décidé de mettre en ligne RueFrontenac plutôt que d’en avoir fait une version papier. Ce fait avalise le propos de ma discussion et démontre bien que malgré votre mésentente avec la partie patronale, vous avez compris que l’information journalistique sera Web ou ne sera pas. C’est d’ailleurs sur le Web que désormais les jeunes et les moins jeunes s’informent tel que le dévoile les résultats de l’étude annuelle du Bureau de la publicité interactive du Canada (IAB) portant sur l’évolution de l’utilisation des médias au Canada.
• L’Internet est le média numéro un relativement au pourcentage de temps qui lui est consacré par semaine chez les 18-24 ans (40 %) et les 25-34 ans (33 %) au Canada anglais. Au Canada français, l’Internet se classe également au premier rang relativement au pourcentage de temps qui lui est alloué par les 18-24 ans et il s’approche rapidement des niveaux de la radio et de la télévision chez les 25-34 ans.
Ce n’est donc pas seulement un phénomène de quelques geeks perdus dans les brumes du Web, n’en déplaise à ton syndicat. Par ailleurs, la possibilité qui m’est offert de commenter ton article est une révolution en soit et elle est très positive par rapport au journal papier. C’était ça l’essence de ma présentation que les gens peuvent entendre ici. J’anticipe aussi le plaisir de te revoir et de continuer cette « obstination » sur un sujet qui semble nous passionner tous les deux…
J'aimerais bien que vous trouviez une seule de mes citations dans plus de 2000 billets, dans laquelle je prédis la mort du journalisme? J'aimerais bien aussi que vous trouviez d'autres blogueurs qui prédisent la mort du journalisme? Votre titre devrait plutôt être : Le Devoir fait mentir les journalistes. Surtout ceux en manque de sensationnalisme...
Bon matin Michelle. Je me doutais bien que je te ferais réagir.
Si j'ai fait un lien vers le texte de Jean-François Coderre, c'est pour permettre aux lecteurs d'en savoir un peu plus à ce sujet. Ça ne te visait pas directement.
Toutefois, tu ne peux pas prétendre que plusieurs de tes camarades n'ont pas déjà affirmé en privée que le journalisme allait mourir avec l'arrivée des blogues. J'ai le souvenir très précis d'une conversation à ce sujet où tu étais présente, la soirée des cinq ans de K3 Média sur le toit du musée Pointe-à -Callière.
Ceci étant dit, il est vrai que tu as toujours tenu un propos similaire à celui exprimé dans ce texte.
Au plaisir,
P
Patrick, Patrick, Patrick, entre une conversation que tu prêtes à certains de mes collègues lors d'un 5à 7 bien arrosé et un fait journalistique, il y a une méchante marge. D'ailleurs, j'ai souvent dit que le « fait » journalistique, n'a plus grande valeur, mais que l'enquête, la réflexion, le journalisme de proximité eux en ont. C'est étrange que tu titres ton article d'une discussion de taverne d'il y a 5 ans et que tu donnes l'impression que ce sont mes propos. Juste un petit manque de rigueur peut-être?
Encore une fois, je n'y parle pas de toi.
Ensuite, je ne base pas mon texte sur cette discussion, je te dis simplement que tu as déjà entendu ces propos, aussi bien que moi.
Quelle ironie, M. Bellerose, que vous parliez de journalisme de qualité alors vous passez sous silence, et sans doute volontairement, que les chiffres révélés par L'Audit Bureau of Circulations mentionnent des baisses de tirage pour les journaux suivants : La Presse, The Gazette, Le Soleil, La voix de l'est, Le Quotidien. (À noter que les journaux Québécor et de sun médias ne font pas partie de l'étude.) Les journaux Le Devoir et La Tribune ont autour de 28 000 de tirage, alors vous vous imaginez qu'on ne parle pas de beaucoup de monde en plus...Une baisse de près de 6% pour le Soleil, et même de 1% pour la Presse, signifie beaucoup plus de monde, ces deux journaux à eux seuls sont publiés à plus de 275 000 exemplaires. Au total, donc, si vous savez compter, vous constaterez que le lectorat global des journaux mentionnés dans l'étude est à la baisse. Comme vous le constatez, cela prend un vulgaire blogueur pour contrer votre désinformation...
Concernant Le Devoir, je suis abonné payant en ligne, et pour une raison très simple: c'est le seul journal québécois qui a consulté des connaisseurs du web pour établir sa stratégie et son modèle d'affaire en ligne. Manifestement, les blogueurs, Geeks et autres chantres du web y sont pour beaucoup dans le succès actuel du Devoir. Votre analyse est donc d'une fausseté affligeante, d,un bout à l'autre.
@paysan urbain: «Les autres quotidiens québécois affichent tous une baisse, plus ou moins significative.»