La tablette d'Apple est un formidable outil pour les publicités, qui risquent de voler la vedette aux articles...
La semaine dernière, je posais la question: le iPad sera-t-il le sauveur des magazines?
Bilan du samedi 3 avril, la journée de lancement du iPad aux USA: 300 000 appareils vendus, un million d'applications téléchargées. Selon les premiers palmarès, les applications les plus populaires sont celles des médias.
Pas mal, non?
Devant le marasme des médias imprimés, on comprend l'enthousiasme des éditeurs pour cette nouvelle plateforme, avec ses nombreuses promesses de revitalisation. Ce qu'on comprend moins bien, par contre, c'est l'enthousiasme équivalent des annonceurs.
D'ordinaire frileux (on n'a qu'à constater combien de temps ils ont mis pour finalement considérer Internet comme un vrai média), les annonceurs ont embarqué à fond de train dans le lancement du iPad.
L'application iPad du magazine Time compte des annonceurs prestigieux comme Unilever, Toyota Motor, Korean Air et Fidelity; dans celle du Wall Street Journal, on peut voir les pubs de Buick, Capital One, Coca-Cola, FedEx et Oracle.
Un modèle courant: la commandite entière d'une édition iPad par un annonceur. Comme la chaîne d'hôtels Marriott avec l'édition du USA Today, offerte gratuitement aux lecteurs durant trois mois. Même principe pour la carte de crédit Chase Sapphire, qui offre le New York Times aux utilisateurs du iPad, ou le fabricant de montres Hublot, qui commandite un accès gratuit de deux mois au Financial Times.
Selon diverses sources, ces annonceurs ont dépensé entre 75 000$ and 300 000$ pour chacune de ces commandites exclusives.
Tout le monde veut profiter de l'euphorie du lancement. L'éditeur Condé Nast, par exemple, offre des pubs sur les versions iPad de ses magazines (GQ dès maintenant; Wired et Vanity Fair en juin) seulement aux annonceurs qui achètent des pages de pub dans ses versions papier.
Il n'y a pas vraiment de modèle à l'heure actuelle, ni pour établir un coût ni pour évaluer les résultats d'une pub dans une édition iPad. Mais certains croient que les éditeurs peuvent charger ce qu'ils veulent, beaucoup plus que dans la version papier.
Car, en comparaison, la pub sur iPad offre beaucoup plus de possibilités en terme de mesure et de ciblage. Alors qu'une pub dans un magazine imprimé est vue «en théorie» et mesurée approximativement par le nombre de lecteurs du magazine, la pub sur iPad permet d'interagir directement avec le lecteur.
Elle offre aussi énormément de possibilités, que ce soit l'information à profusion sur un produit, l'intégration de la vidéo et de la musique ou même un lien vers l'achat direct. Il faudra surveiller au cours des prochains mois comment le génie créateur des publicitaires saura se matérialiser dans les pubs sur iPad.
Felix Salmon, de Reuters, croit même que les publicités pourraient voler la vedette aux contenus rédactionnels dans la plupart des applications-médias iPad. Car ce sont les publicitaires - et non les rédactions des magazines ou des quotidiens - qui disposent des plus gros budgets pour créer des contenus riches.
Une belle concurrence en vue!
par Romain Bédard