Quinze ans après la naissance du média Internet, le voici arrivé à sa première crise de croissance.
Je suis tombé récemment sur cette réflexion très intéressante d'un analyste de la firme Forrester Research, Josh Bernoff.
Selon lui, la prolifération des appareils-gadgets «web» à fonction spécifique comme les iPod, iPhone, Android, Kindle et, bientôt, le iPad, mène vers l'éclatement du web. (En anglais, l'expression qu'il utilise est «Splinternet». À ajouter à votre lexique de buzzwords.)
Pourquoi cet éclatement? Parce que chacun de ces appareils utilise son propre système d'exploitation pour promouvoir du contenu souvent incompatible avec les autres plateformes. Le meilleur exemple? Les applications iPhone ne fonctionnent pas chez les concurrents. Ou encore, la technologie Flash d'Adobe, pour visionner des vidéos, n'est pas supportée par les iPhones ou iPads.
De même, les grands réseaux sociaux comme Facebook et Twitter sont inaccessibles aux outils de recherche comme Google. De plus en plus de médias d'information érigent des «paywalls» derrière lesquels ils cachent leur contenu, à l'abri des outils de recherche.
C'est toute une brisure avec l'ancien modèle, le seul que le web ait connu au cours des 15 dernières années: rendre les contenus disponibles au plus grand nombre de gens. Bien sûr, les technologies ont évolué au fil des ans, mais l'idée était quand même d'adapter les fureteurs et «plug-ins» aux formats de plus en plus divers qu'on pouvait retrouver sur Internet. Tout allait dans le sens de la standardisation et tout passait par le tout-puissant fureteur.
Par l'intermédiaire de leurs nouveaux appareils, les grands joueurs veulent maintenant contrôler la navigation (et les achats) de leurs utilisateurs. Dans un article paru sur BusinessWeek, Ben Kunz parle d'une guerre entre Apple, Amazon et Google pour attirer (et conserver) les internautes dans leur propre «écosystème de contenus».
Si on devait en arriver là (et selon Bernoff, nous y sommes déjà ), il faudra considérer le web non pas comme un média englobant (avec, à la base, un ordinateur et un fureteur), mais bien comme un amalgame de world wide web, d'«écosystèmes» privés et de gadgets-fureteurs.
par Romain Bédard
Cette réflexion est surtout le résultat de quelqu'un qui ne connait pas du tout Internet. L'ancien modèle a toujours été "éclaté", autant par les protocoles de communication, que par les systèmes d'exploitation incompatible entre eux. C'était même un des principes de base.
Les applications iPhone ne fonctionnent pas sur les autres appareils? Les applications Windows ne fonctionne pas non plus sur un Mac ou sur Linux.
Flash ne fonctionne pas sur les iPhone? Flash n'est qu'une technologie propriétaire parmi beaucoup d'autres, qui elles aussi sont incompatibles avec beaucoup de système. Quelqu'un qui utilise Linux a toujours fait l'expérience de sites avec du contenu incompatible.
Facebook et Tweeter ne sont pas référencés par Google? Depuis quand tout est sur Google? Google n'est qu'un outil parmi d'autre.
Certains sites sont protégés par des mots de passe? Cela a toujours été le cas. Même au temps de Gopher (l'ancêtre du web) il y avait du contenu qui était réservé aux personnes qui payait un abonnement.
Il n'y a pas du tout de brisure de l'ancien modèle.
@William: C'est vrai. Vos remarques vont dans le sens de plusieurs des commentaires laissés sur l'article original de Josh Bernoff.
Et pourtant, je trouve que, au-delà des considérations techniques que vous citez à juste titre, le principe de la «navigabilité universelle» du web tel qu'on la connaît depuis l'avènement du web comme média grand public, est en train de s'effriter.
Merci pour vos commentaires!