À l'heure où les quotidiens se demandent quelle devrait être leur place dans le «nouvel ordre de l'information», une expérience intéressante a lieu à Los Angeles...
Depuis le 2 février, le Los Angeles Times fonctionne avec une heure de tombée sérieusement amputée pour sa une: de 23h, elle est passée à 18h.
Cela veut dire que les rédacteurs et pupitreurs du L.A. Times ont jusqu'à 18h pour choisir les grands titres qui apparaîtront en première page du journal du lendemain.
Trop tôt vous dites? Ça dépend...
Si on parle d'un bon vieux quotidien traditionnel, qui se veut une réplique parfaite du journal télévisé de 22h de la veille et qui résume habilement les nouvelles d'hier, alors oui, 18h c'est trop tôt.
Mais si on parle d'un journal visionnaire qui a trouvé sa place dans le «nouvel ordre de l'information», pourquoi l'heure de tombée de la une aurait-elle de l'importance? Car le journal visionnaire aura compris qu'il ne peut battre les chaînes de nouvelles au plan de l'instantanéité. Il aura compris qu'il ne peut battre Internet sur le terrain de la continuité et de la mise à jour.
Vous aurez peut-être déduit que le L.A. Times est un quotidien visionnaire: il n'en est rien. La décision de reculer l'heure de tombèe est d'abord et avant tout liée à une problématique économique: la fermeture d'une des deux imprimeries qui publient le journal a forcé les dirigeants à revoir les horaires d'impression.
D'ailleurs, pour compenser ce recul, le quotidien publie désormais un cahier de nouvelles dernière heure, LATExtra, dont la tombée est à 23h30.
N'empêche, certains observateurs comme Alan D. Mutter croient que l'occasion est excellente pour le L.A. Times de repenser complètement son traitement de la nouvelle. Dans son blogue Reflections of a Newsosaur, il constate que les efforts du quotidien depuis trois semaines vont dans le bon sens. Au lieu de réagir aux nouvelles d'hier, les unes sont consacrées aux reportages en profondeur.
C'est de cette façon que les quotidiens pourront tirer leur épingle du jeu. Pas en gaspillant des fortunes pour se battre inutilement contre les sites d'information, contre Twitter et contre les chaînes de nouvelles en continue.
Voilà qui est bon signe.
par Romain Bédard