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jeudi 11 février 2010 à 1H00

The Guardian: plaidoyer pour la gratuité en ligne


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Malgré ce qu'on pourrait croire, ce ne sont pas tous les quotidiens qui veulent faire payer leurs lecteurs pour accéder à leur contenu en ligne.

Si cela peut paraître surprenant, c'est parce que les partisans du modèle payant ont à leur tête Rupert Murdoch, grand patron de News Corp. Il est de toutes les tribunes et répète depuis six mois le même refrain à qui veut l'entendre: le contenu de qualité doit se payer, en ligne comme pour l'imprimé.

Murdoch peut certainement se vanter d'avoir dans son écurie un des seuls exemples de quotidien en ligne qui soit rentable: le Wall Street Journal (qu'il a acheté en 2007) est disponible depuis ses débuts sur le web au moyen d'un abonnement payant (environ 150 $ par année).

Son plan est donc de faire passer tous ses quotidiens (parmi eux le Times et le Sun, de Londres, le New York Post et Newsday) à une formule payante afin de répéter le succès du WSJ.

Ce ne sera pas aussi facile, lui répondent ses détracteurs. Le WSJ offre une information économique de «niche», pour laquelle les gens sont prêts à payer. Ce qui est loin d'être le cas pour l'immense majorité des quotidiens, dont la nouvelle générale est sensiblement la même d'un produit à l'autre.

Un à un, les opposants à la vision de Murdoch se font entendre. Cette semaine, on apprenait que les sites des journaux du groupe McClatchy (Miami Herald et Kansas City Star) n'adopteront pas le modèle payant.

Outre-Atlantique, Alan Rusbridger, éditeur du Guardian, de Londres, est le plus féroce opposant de Murdoch et ne croit pas une seule seconde à la vision du patron de News Corp. Lors d'un récent discours devant la communauté journalistique de Londres, Rusbridger a exposé comment la mission des quotidiens avait évolué et pourquoi il était plus que jamais de leur devoir de se positionner au premier rang des initiatives technologiques et communautaires qui secouent le monde de l'information.

(L'allocution de Rusbridger, disponible en intégralité sur le site du Guardian, devrait être une lecture obligatoire pour tous ceux qui aspirent à une carrière en journalisme et pour les journalistes actuels qui se demandent où va leur profession. C'est à la fois la confirmation de la pertinence des journaux en 2010 et une définition étendue de ce que devrait être le «nouveau» journalisme.)

Alan Rusbridger défend ardemment la gratuité des contenus sur le web. Aux arguments d'affaires qui poussent vers la tarification, il oppose des arguments «éditoriaux»:

1) L'accessibilité vs. le repli sur soi
Pour lui, imposer une barrière tarifaire aux internautes revient à se couper du reste de la planète. «En plus de diminuer l'accès à votre produit et d'en limiter son influence, vous vous isolez de ce nouveau monde qui communique en réseau», dit-il.

2) Le «Savoir» vs. l'implication
Dans l'ancien modèle, les journalistes détenaient le Savoir, l'information et l'accès aux sources d'information. Le public demandait à la presse de filtrer l'information, de l'ordonner selon des priorités, de lui présenter dans une forme digestible.

Plus maintenant. Les lecteurs «veulent utiliser leur propre jugement, établir leurs propres priorités, créer leur propre contenu et exprimer leurs opinions. Ils veulent apprendre de leurs pairs autant que des sources traditionnelles d'information.» Dans un tel contexte, est-il encore pertinent de leur demander de payer pour une information qu'ils contribuent à façonner?

Fascinant.


par Romain Bédard




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