Un incendie sur le Plateau. Périmètre de sécurité oblige, les médias sont tenus à distance. Un appel sur Twitter permettra au Journal de Montréal d'obtenir des photos exclusives.
L'événement du jour, ce gigantesque incendie qui a ravagé des immeubles du Plateau Mont-Royal. Tous les médias sont en alerte, et tous, évidemment, n'ont de cesse d'obtenir les meilleures images possibles.
Seul problème, les pompiers et les policiers ont mis en place un périmètre de sécurité, rendant difficile la tâche des photographes et des cameramen. Or, comment illustrer cette catastrophe? Pour les médias électroniques, la converse avec les journalistes sur place, avec en arrière-plan des images du feu, suffit. Mais pour les quotidiens imprimés, il y a là tout un défi.
Soudainement, un message sur Twitter signé Mathieu Turbide, directeur adjoint de l'information au Journal de Montréal, aujourd'hui redevenu journaliste terrain, lock-out oblige. « Qui a des photos à vendre du feu sur le plateau? RUSH mturbide@journalmtl.com. »
Rappelons ici aux lecteurs que de tout temps, les médias ont acheté des photos (ou des vidéos) d'événements spectaculaires lorsque leurs photographes ne pouvaient se rendre sur les lieux d'un fait marquant.
Résultat?
Plusieurs photos faisant les pages du Journal de Montréal leur ont été envoyées par des internautes abonnés au flux Twitter du journaliste Turbide. Quand à la page frontispice, elle est le fait d'une voisine de l'incendie.
Journalisme citoyen? Non, de simples témoins, comme il en a existé depuis toujours, mais auxquels on a donné des moyens de diffusion grâce à Internet.
Cela dit, ce petit événement a donné lieu à quelques aigres réparties en ligne. En effet, les lockoutés du Journal de Montréal abonnés au flux Twitter du journaliste Turbide ont réagi amèrement à son message. On peut les comprendre.
Mais en même temps, soyons réalistes, le journaliste Turbide avait des pages à remplir et son appel était plus que légitime. Sûrement que les lockoutés en ont pris bonne note. Cette utilisation de Twitter leur a démontré que citoyens et journalistes peuvent travailler ensemble. On ne peut d'ailleurs s'empêcher de rêver à un règlement rapide du conflit qui perdure et empoisonne la sphère médiatique québécoise.
Sur une note plus personnelle...
Comme bien des internautes, j'ai vu passer le message du journaliste Turbide sur Twitter. Et réflexe automatique de ma part, j'ai dirigé aussitôt Turbide vers un internaute qui avait publié des photos de l'incendie sur Flickr. Sans penser une seconde au conflit en cours. Je le répète, simple réflexe d'un collègue qui veut en aider un autre. Dans la crise que vivent les médias actuellement, je crois à l'entraide entre collègues, même si officiellement, lorsque vous lisez un article ou écoutez un reportage, rien de ceci ne transparait.
Or, le problème avec ces conflits de travail, c'est qu'ils nous obligent à choisir son camp, alors que nous comptons comme copains des journalistes des deux côtés de la barrière.
Aurais-je du m'abstenir? Probablement. D'ailleurs, les photos choisies par le Journal ne proviennent pas de celles que j'avais indiqué à Turbide. Mais je répète, il s'agissait d'un réflexe automatique. Qui ne m'empêchera pas dans le futur de continuer à échanger avec le journaliste Turbide par exemple. Mais à tout le moins, je ferai attention à ne m'immiscer ainsi dans le conflit alors que je commente ici les médias.
Mes excuses aux collègues de Rue Frontenac.
par Michel Dumais
Sur une notre plus personnelle...???
plutôt sur une note plus personnelle vous vouliez dire.
Bonne journée
Sur une notre plus personnelle...???
plutôt sur une note plus personnelle vous vouliez dire.
Bonne journée
Tu donnes dans la solidarité pigistes-syndiqués?
L'appel de Turbide n'était malheureusement pas «plus que légitime». Avec des vrais pros de la photographie et du reportage de faits divers en patrouille, guidés par une salle d'écoute des fréquences d'urgence comme un quotidien urbain qui se respecte doit avoir, cet appel du cadre Turbide aurait été inutile, caduque, jamais envisagé.
Les photojournalistes auraient eu toutes les images nécessaire avant même que le périmètre de sécurité ne soit établi. Les témoins directs auraient été interrogés avant que les badauds n'envahissent la scène. Exactement comme les artisans du JdM l'ont fait pendant 45 ans.
Au lieu de se fier sur des pros, l'entêtement d'un patron à ne pas négocier force ses cadres à quémander du contenu et oblige ainsi ses lecteurs à s'en contenter.
La beauté de «faire plus avec moins»? Je vous répondrai : «if it ain't broke, don't fix it»...
Et les généreux profits avoués par la direction du JdM avant le déclenchement du conflit prouvent qu'il n'était pas du tout brisé...avant que le cadenas sauvage du lockout ne l'étrangle comme il le fait depuis huit mois.
Le journalisme-citoyen est à la fois un fantasme, une utopie, et une foutaise horripilante nourrie par les patrons de presse qui veulent envoyer le message à leurs employés - dont c'est pourtant le métier - que n'importe qui peut les remplacer. À bien moindre coût bien sûr. Pourtant comme le dit si bien Michel, ce ne sont que des témoins aux bons réflexes. Un point c'est tout. Paris Match a fait sa fortune et sa réputation en achetant à prix d'argent (pas d'or !) les photos prises par des amateurs sur des lieux de catastrophe. Mais en même temps, Paris Match a contribué au formidable essor du photo journalisme professionnel en faisant travailler une équipe de pros aguerris.
Va t-on transformer en un claquement de doigts en citoyen-médecin un citoyen qui porte assistance à une personne en détresse dans la rue en attendant les secours ? Pas vraiment. Il est grand temps que la profession se réveille en faisant du mot «journaliste» (incluant rédacteurs, photographes, et cie) un terme dont seulement les journalistes professionnels pourront se revendiquer, à l'image de ce qui existe dans plusieurs pays. Sinon, il ne restera plus qu'à regarder la profession couler en pleurant à chaudes larmes dans les congrès de la FPJQ.