Suite à la fusion des deux fonds, celui des médias et celui des nouveaux médias, nous avons demandé à Pierre C. Bélanger, professeur en communications à l'Université d'Ottawa, de nous livrer ses commentaires à ce sujet. Nous publions donc intégralement ses réflexions. Suivront dans la section commentaires les réactions de plusieurs associations du milieu que nous publierons aussi intégralement.
Pour Pierre C. Bélanger, il y a matière à se réjouir de voir le gouvernement fédéral stimuler la production de contenu pluri-médiatique en imposant la condition de la « double fenêtre minimale ». La convergence des médias...c'est aussi beaucoup par là que ça passe. Cela dit, dans un contexte de bonne gouvernance, la fusion des deux conseils d'administration en un seul est susceptible de faciliter une vision plus intégrée du nouveau paysage médiatique
Dans ce contexte, nous ne pouvons que constater que l'incessant lobbying des câblos et des télévisions privées semble avoir porté fruit. La crise du financement du Fonds canadien de télé en 2007 aura donc , en bout de piste, servi les intérêts et doléances de Videotron et Shaw cable, notamment.
Même si CBC/SRC se voit retirer la garantie de 40% des enveloppes prévues antérieurement au FCT, cela ne signifie pas pour autant une perte sèche. J'ai beaucoup apprécié la réaction de Richard Stursberg qui s'est dit confiant de voir ses troupes soumettre des projets bi-plateformes qui sauront répondre aux conditions d'attribution du nouveau Fonds et ainsi convaincre le jury du mérite des initiatives de la CBC. Rien n'empêche la CBC-SRC de récolter à l'avenir des sommes tout aussi importantes que par le passé. Il y a eu jusqu'ici que très peu de secousse dans les milieux spécialisés à l'annonce de la fin de la garantie de 40% réservée à CBC-SRC. On peut difficilement être contre le principe de l'équité.
Du côté du regroupement des producteurs multimédias, bien que la fusion du FCT et du FNMC complique quelque peu la donne, il est prématuré de les déclarer perdants dans le contexte du nouveau Fonds. Il reste encore beaucoup de détails logistiques à attacher avant que le Fonds soit opérationnel et que tous les critères d'attribution soient établis. Même si a priori la condition de la double fenêtre puisse apparaître comme contraignante, elle peut également constituer un superbe levier de visibilité pour les productions multimédias qui pourront, sous les conditions optimales, tirer profit de l'importante machine promotionnelle qu'est la télévision et des importants auditoires qu'elle continue de générer.
Cette co-existence forcée n'est pas nécessairement limitative dans la mesure où elle peut donner lieu à des projets qui se déclinent à la fois en version télé, web et mobile. En définitive, ce que propose le nouveau Fonds est l'abolition des chasses-gardées et du cloisonnement des projets qui sont ancrés sur des modèles d'affaires à fenêtres uniques.
Selon moi, il ne faut pas voir le nouveau Fonds comme une fin en soi. Il s'agit d'une initiative foncièrement « dynamique » au sens où elle sera appelée à évoluer selon l'orientation et les impulsions que connaissent les différents secteurs associés à la création, production et diffusion des œuvres numériques canadiennes. Dans le contexte de la « Free-conomics » des contenus web où la rentabilité des produits et services offerts est loin d'être chose acquise, un mariage forcé - et temporaire- entre les producteurs multimédias et les médias traditionnels n'est peut-être pas une si mauvaise nouvelle qu'elle ne le semble à première vue.
Aux yeux du législateur, il apparaît que la télé soit encore la locomotive, ce que l'on ne peut contester. Pour l'heure, le défi des producteurs multimédia est de faire la preuve que les auditoires générés sur le web sont en train de graduellement renverser la vapeur. Il y a fort à parier que le jour où les écrans d'ordi et de mobiles seront devenus tout aussi sinon plus importants que celui du téléviseur SUR LE PLAN DES RETOURS SUR L'INVESTISSEMENT, les modes de financement sauront s'y adapter et refléter les nouveaux comportements et préférences d'écoute d'ici et d'ailleurs.
En conclusion, il y en aurait encore bien long à dire sur le sujet, à propos de la rationalisation des investissements en culture et R & D technos, sur l'art d'optimiser les chances de rentabiliser les financements, d'accroître chances d'exportations, partenariats pluri-médias canadiens, la stimulation (forcée) de collaborations entre producteurs oeuvrant à l'intérieur de leurs chapelles traditionnelles, etc.
Mais ça, c'est une autre histoire.
par Michel Dumais
Voici le communiqué qu'a fait parvenir à Branchez-Vous! l'Alliance Numérique.
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Alliance numérique déplore l’orientation du Fonds des médias du Canada
Montréal, le 11 mars 2009 – Alliance numérique, réseau de l’industrie numérique et des contenus interactif du Québec, salue la fusion du Fonds canadien de télévision et du Fonds des nouveaux médias du Canada, qui réunit médias interactif et télévision, mais déplore, d’une part, la structure générale du Fonds et, d’autre part, les zones d’ombres qui demeurent sur de nombreux aspects. Il attend avec impatience les clarifications qui devront être apportées quant à son fonctionnement.
Alliance numérique trouve juste que la future entité ne traite plus séparément les projets provenant de la télévision et ceux venant des médias interactifs. Elle ne peut que se réjouir également de certains critères retenus (assurer une saine gouvernance et une reddition de comptes efficace; récompenser le succès et encourager l'innovation) qui visent notamment à simplifier la gestion du Fonds.
Cependant, de nombreuses questions et zones d’ombres demeurent. Quel traitement sera, par exemple, réservé aux projets interactifs qui concernent d’autres plateformes (Internet, sans-fil, etc.) que la télévision? Seront-ils exclus? Le fait que l’annonce ait été faite en présence de plusieurs grands distributeurs, sans la présence de créateurs et producteurs indépendants de contenu interactif, ne fait que renforcer les interrogations d’Alliance numérique. Il semble, en effet, que l’on écarte de facto les producteurs indépendants du financement des projets interactifs non liés à la télévision, mais, par exemple, à des émissions de radio, à des jeux, à des films interactifs ou à la presse écrite. Le Gouvernement considère-t-il que les projets de cette nature ne doivent plus être soutenus?
Pierre Proulx, directeur général d’Alliance numérique, s’interroge : « La composition même du conseil d’administration laissera-t-elle de la place aux producteurs indépendants alors que l’on fait la part belle aux grands diffuseurs qui vont se retrouver juge et partie pour équilibrer les règles du jeu. »
Comme le souligne aussi le Regroupement des producteurs multimédia, Alliance numérique trouverait pertinent qu’une place soit faite aux producteurs de contenus interactifs ou à leurs représentants. Elle souhaiterait également que soit clairement défini le soutien accordé à la création de contenu original francophone afin que soient garanties la richesse et la diversité culturelle, mais aussi le dynamisme économique, générateur d’emplois, du secteur des médias interactifs québécois.
Au nom de ses membres et en tant que représentant au Québec de l’industrie des médias interactifs et des contenus numériques, Alliance numérique souhaite ardemment être consulté et, surtout écouté, lorsque commencerons les consultations visant à la mise en place du Fonds. Alliance numérique souhaite que l’industrie interactive soit non seulement soutenue mais encouragée.
Voici le communiqué qu'a fait parvenir à Branchez-Vous! l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ).
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Les producteurs indépendants craignent un recul de la diversité de l’offre télévisuelle.
Montréal, le 10 mars 2009– L’Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ) déplore que l’accès au nouveau Fonds des médias du Canada soit basé en priorité sur des critères d’audience et de rentabilité. Selon les producteurs indépendants, ces nouvelles règles feront diminuer l’offre télévisuelle en contenus culturels de haut niveau, notamment en documentaire, variétés et arts de la scène et émissions pour enfants. Cette perte de diversité dans les choix disponibles aux téléspectateurs inquiète vivement le milieu de la production télévisuelle québécoise.
« Bien que nous apprécions le renouvellement du financement fédéral pour deux ans, nous sommes très déçus de la transformation que subira le Fonds canadien de télévision lors de la création du Fonds canadien des médias en raison de l’orientation beaucoup plus commerciale des nouveaux critères, de la gouvernance par les distributeurs de radiodiffusion, et de l’accès élargi pour la production interne et affiliée des diffuseurs » a déclaré Claire Samson, présidente-directrice générale de l’APFTQ. « Il est déplorable qu’on choisisse de changer les règles d’un fonds qui fonctionnait bien, qui servait les Canadiens avec une grande diversité de contenus de qualité et un sens de l’équité pour tous les joueurs de l’industrie : production indépendante, chaînes publiques, privées, éducatives ou commerciales» a poursuivi Mme Samson.
L’APFTQ s’inquiète particulièrement de l’impact négatif appréhendé pour le documentaire, les variétés et arts de la scène, ainsi que les émissions pour enfants. En attribuant les enveloppes aux diffuseurs sur la base de l’auditoire, on pénalise d’emblée les chaînes éducatives et culturelles, ainsi que certains genres dont la cote d’écoute plus faible n’est en rien liée à la valeur culturelle des émissions. La notion de rentabilité sur l’investissement n’est pas toujours compatible avec les objectifs culturels que la Loi sur la radiodiffusion poursuit en définissant des genres sous-représentés auxquels nos politiques publiques doivent accorder la priorité.
L'APFTQ regroupe la plupart des entreprises québécoises de production indépendante en cinéma et télévision. L’association représente ses membres et défend leur intérêt auprès des gouvernements et organismes concernés par le cinéma et la télévision, tant au niveau provincial que fédéral. Elle offre à ses membres un service conseil en ce qui concerne les relations de travail, le droit d’auteur, le financement et la fiscalité. Elle négocie, pour le secteur de la production indépendante, toutes les ententes collectives avec les associations d’artistes et de techniciens. De plus, elle organise un congrès annuel réunissant les principaux intervenants de l’industrie et publie chaque année un profil économique du secteur. Elle offre diverses activités de formation et perfectionnement; et s’implique dans divers dossiers internationaux, tels la coproduction, le droit d’auteur ou la diversité culturelle.
Voici le communiqué qu'a fait parvenir à Branchez-Vous! le Regroupement des producteurs multimédias.
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LA NÉCESSITÉ D’ACCENTUER LA PRODUCTION DE CONTENU
ORIGINAL SUR LES NOUVEAUX MÉDIAS
En marge de la création du Fonds des médias du Canada, le Regroupement des producteurs multimédia (RPM) souhaite que le financement du contenu original sur les nouveaux médias, non lié à des émissions de télévision, soit préservé et même accentué.
L’annonce faite hier par le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, qui prévoit la fusion du Fonds canadien de télévision (FCT) et du Fonds des nouveaux médias du Canada (FNMC) pour créer le Fonds des médias du Canada, n’est pas très explicite sur la façon de mettre de l’avant la production de contenu exclusivement réservé aux nouveaux médias.
« Dans la foulée de cette réorganisation, nous espérons que les quelque 15 M $ du Fonds des nouveaux médias du Canada ne soient pas simplement amalgamés aux 310 M $ prévus en 2010 – 2011 pour le Fonds des médias du Canada. Dans un contexte où les Canadiens, dont la nouvelle génération d’internautes, sont de plus en plus de grands consommateurs de contenu exclusif aux nouveaux médias, il faut absolument donner la chance à des entreprises capables d’initier des projets, à forte valeur culturelle et économique, sur des plateformes médiatiques autre que la télévision », de réagir Marc Beaudet, président du Regroupement des producteurs
multimédia.
A priori, le RPM n’est pas contre la fusion des deux fonds existants, mais le regroupement ne cache pas surprise de cette intégration du Fonds des nouveaux médias du Canada alors que le gouvernement fédéral venait juste d’annoncer son renouvellement, après plusieurs mois de d’attente et de tergiversations – Voir communiqué du RPM du 27-01-09. « À tout le moins, nous souhaitons ardemment, cette fois-ci, faire partie du processus de consultation qui mènera à l’élaboration des principes directeurs du Fonds des médias du Canada », de préciser Marc
Beaudet.
Le Regroupement des producteurs multimédia (RPM), créé en 2000, représente plus de soixante-dix producteurs actifs en production de contenu de commande, de convergence ou original sur les nouvelles plateformes. Le RPM vise notamment à créer un climat propice au développement et à la croissance de la production multimédia au Québec. En ce sens, le RPM fait des représentations actives auprès des gouvernements, gère des ententes collectives avec les syndicats d’artistes et participe à la réalisation d’études sur les réalités économiques et d’affaires du secteur.