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lundi 26 janvier 2009 à 10H24

Le Journal de Montréal : un quotidien en sursis


journalmtl.jpgUn titre qui surprendra sûrement le lecteur, sachant que le Journal de Montréal est le quotidien le plus lu au Québec. Mais le chroniqueur persiste et signe : si ce conflit de travail se prolonge au delà de 12 mois, le quotidien de la rue Frontenac tel que nous le connaissons aujourd'hui est voué à disparaître.

Tout de go, allons-y avec la déclaration de pas d'intérêt du tout : contrairement à bien des collègues, je suis un lecteur assidu du Journal de Montréal. Je l'ai toujours feuilleté avec le même plaisir que j'ai à lire La Presse, Le Devoir et la Gazette. À ma grande tristesse, plusieurs artisans du Journal qui sont aujourd'hui sur le trottoir sont des copains. Mais j'en connais d'autres qui eux, sont bien au chaud. Et je sais les conséquences qu'a un conflit de travail sur les relations humaines.

Mais il y a pire. Advenant que ce conflit de travail s'étire au-delà de douze mois, le Journal tel que nous connaissons est voué est disparaître. Et ce ne sera pas à cause des généreuses conditions de travail accordées aux journalistes, conditions qui ont été gagnées de bonne foi, faut-il le rappeler. Ce rappel des conditions salariales des artisans du Journal par l'éditrice du Journal et par le grand patron de Quebecor ne sont que les premières salves de l'entreprise dans cette nouvelle guerre de l'opinion publique. Car entre vous et moi, qu'un journaliste reçoive 65,000 ou 80,000 dollars ne changera pas grand chose sur le bilan final. Et cette salve cheapo de la direction pourrait encourager les cadenassés à faire leur propre enquête sur les deniers publics que reçoivent Quebecor et ses filiales.

Je vous l'ai dit, je suis un fidèle lecteur du Journal. Mais depuis quelques temps, je lui fais des infidélités. Je suis beaucoup moins porté à investir une grosse piasse à chaque jour du fait de la javellisation de la rédaction. Et c'est cette javellisation qui tuera le journal au profit des quotidiens gratuits que sont le Metro et le 24 Heures, deux journaux que l'on retrouve un peu partout maintenant.

Oui, il y aussi Internet et ses impacts. On ne peut le nier. Mais regardez du côté de la moins en moins grosse Presse. En prenant un virage magazine (dixit Steve Proulx), le quotidien de la rue St-Jacques a au contraire réussi à insuffler une nouvelle vie à ses pages. On s'identifie à la Presse et à ses journalistes. On achète La Presse, on y investit une grosse piasse quotidiennement parce que justement la Presse a su se démarquer des quotidiens gratuits. Le journaliste en moi apprécierait même qu'on consacre encore plus de place aux grandes enquêtes exclusives du journal.

Et du côté du Journal de Montréal? Où sont passés les Michel C. Auger, Michel «pas de C» Auger, Patrick Lagacé et Franco Nuovo et tous ceux qui faisaient qu'on s'identifiait au Journal de Montréal? Dieu merci, il reste la section des sports. Je regrette, mais ce ne sont pas les chroniques des Poëti, Hall ou Elgrably qui cultiveront la fidélité des lecteurs. Et encore moins l'information délavée des autres filiales de Sun Media qui le feront.

Comme le soulignait avec justesse Paul Cauchon dans le Devoir de ce matin, « Jusqu'où faut-il faire jouer la convergence sans que les médias individuellement perdent leur personnalité? (...)Le citoyen ne gagne pas grand-chose si cette convergence sert plutôt à répéter ad nauseam les mêmes informations sur de nouveaux supports, et si cette information est superficielle et peu fouillée parce que l'on aura privilégié la vitesse de livraison à la réflexion.»

Cela dit, il est clair que les journalistes n'ont d'autre choix que d'accepter les mutations en cours. Le multiplateforme est là pour rester. Vouloir le nier serait irresponsable. Et il y aura certains sacrifices à faire. Comme le service des petites annonces (je ne peux pas croire que je dis cela, mais objectivement je le crois). Quel sera le modèle de demain? 100% électronique ou un mode hybride 100% électronique la semaine et papier le week-end? Bien malin celui qui pourrait le dire, nous sommes à expérimenter plusieurs modèles d'affaires. Il faudra examiner de près les résultats du virage pris par d'autres quotidiens comme le Christian Science Monitor pour le savoir.

Mais il est clair qu'en javellisant la salle de rédaction comme ils l'ont fait au cours des derniers mois, les dirigeants du Journal n'ont fait que signer son arrêt de mort. Et un lockout prolongé ne fera qu'inciter les lecteurs à lire les quotidiens gratuits et à s'abreuver à Internet. Au détriment du Journal. Tous devront mettre de l'eau dans leur vin. Les deux parties n'ont pas le choix.

Mise à jour: Steve Proulx revient sur le sujet et adopte une position semblable à la mienne, ce qui n'est pas étonnant car nous en avons discuté récemment lors d'une conversation à la radio.


par Michel Dumais



VOS COMMENTAIRES


Cet article a reçu 7 commentaires


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    J. P. a dit le 27 janvier 2009 Signaler ce commentaire

    Lucide, clair, juste et précis.

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    Laure Conan a dit le 27 janvier 2009 Signaler ce commentaire

    Bien voyons après presque 2 ans de Lock-Out au Journal de Québec le Journal de Québec est toujours la à Québec avec ses nouvelles de Montréal et les gens de Québec qui veules s'informer sur Québec achètes le Soleil

    alors quand le vrai Journal de Montréal sera de retour,
    je vais continuer à achetés La Presse et quand je vais allez à mon restaurant préférer je vais jeter un coup d'oeil au Journal de Montréal mais sans rire dites moi que Le Journal de Montréal est un journal.

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    Denis Beaulé a dit le 28 janvier 2009 Signaler ce commentaire

    Le lock-out au Journal de Montréal aura le mérite de faire réfléchir sur la souhaitabilité d'une continuation d'impression et de distribution matérielles, au quotidien, de la nouvelle, du commentaire, de l'analyse, du compte rendu ou d'annonces de décès, d'art, de sport* ou ayant trait au divertissement. Sachant ce qu'il en coûte de produire et distribuer ainsi matériellement un tel produit, et ce que cela engendre comme pollutions de toutes sortes.

    On peut par ailleurs faire le pari qu'il reste une place pour la presse écrite papier. Aux conditions suivantes :
    - Qu'elle soit la plus fiable (moyennant indépendance, compétence, intégrité) ;
    - qu'elle repose sur justesse et qualité plutôt que sur vitesse et quantité ;
    - qu'elle soit agréable, maniable et conservable plutôt que jetable...

    La presse imprimée jetable est dépassée. La presse «imprimécrite» ne survivra que si l'on ne se sent pas coupable de l'acheter ou la consommer. Cela signifiant que sa présentation et ses contenus devront être considérés soit utiles, instructifs, enrichissants ou divertissants, faisant réfléchir ou impressionnant pour plus qu'une couple d'heures ou de minutes. Bref, l'approximatif, la médiocrité, le frivolité et la fugacité n'auraient plus de compatibilité (ou de «légitimité») avec la presse écrite papier. On ne continuera à se nourrir de celle-ci que si elle s'avère substantielle et à effet durable.

    * Ou spart, e.g. politique et patinage artistique

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    alain soucy a dit le 10 mai 2009 Signaler ce commentaire

    Les pompiers de la ville de Montreal ont les camions les plus sales. Regardez les bien passer et voyez-meme. Ont peu etre fier de nos pompiers, OUAIS!

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    MichaellaS a dit le 22 juillet 2009 Signaler ce commentaire

    tks for the effort you put in here I appreciate it!

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    Paul Henri a dit le 23 juillet 2009 Signaler ce commentaire

    J'étais à essayer de trouver la page des abonnements par internet pour le J de M lorsque je suis arrivé sur cet article de M Dumais, article qui m'a fait changer d'idée au sujet de mon intention d'abonnement.
    M.Péladeau et Cie, je suis certain que votre père n'aurais pas été d'accord avec cette façon de traiter vos journalistes, lorqu'on veut de la qualité cela doit-être accompagné d'une paie de qualité et c'est surement comme ça que le regretté Pierre Péladeau aurais réfléchis.

    M PKP je crois déceler que vos intentions ne sont plus de garder un journal tangible #de papier # et que les journalistes comme on les connais sont appelés à disparaitre ou du moins en grande partie, est-ce que je me trompe M Péladeau?
    et j'espère me tromper mais...
    Bonne journée et bonne chance aux grévistes, d'un ex-leader syndicaliste à la retraite.

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    RENE THIBERT a dit le 30 septembre 2009 Signaler ce commentaire

    Le Canadien de Montréal en entrainement dans une petite ville à environ une vingtaine de kilometres de Toronto....Pourquois pas au Lac St-Jean, en Gaspésie ou tout simplement en Beauce.....Pas chanceux ces nouveaux dirigeants de l'équipe: ils savent ou vendre de la bière mais ne connaissent pas d'endroits intéressants au Québec ......Il ne reste plus qu'à esperer que Les Maple Leaf découvrent de beaux petits villages dans la Belle Province, pour entrainer leurs joueurs et faire bénéficier l'économie locale des retombés de cette visite..... Mais ne vous en faites pas, ça n'arriveras jamais,,,,,Les Maple Leaf sont trop intelligents


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