Un des quotidiens américains les plus respectés qui soit, le Christian Science Monitor, renonce à son édition papier afin de passer au tout Internet en avril 2009. Seule subsisterait une édition hebdomadaire papier.
Il est un des quotidiens les plus admirés qui soit. Au cours des années, il a engrangé une quantité impressionnante de prix Pulitzer (7 Pulitzer), et ce malgré sa distribution quasi confidentielle. Et contrairement à bien des quotidiens, la majorité de ses revenus provenait de son lectorat et de donations et non pas de la publicité. On parle ici du Christian Science Monitor, un quotidien fondé en 1908 par une femme, Mary Baker Eddy. Cela dit, le journal n'a pas été conçu pour traiter de thèmes religieux, ni pour promouvoir directement la doctrine de Science Chrétienne.
À l'aube de son second siècle d'existence, faisant face à une diminution de son lectorat et un déficit de près de 20 millions de dollars pour l'année en cours, le CS Monitor y va d'une annonce surprenante : à compter d'avril 2009, ce prestigieux quotidien abandonne définitivement le papier, exception faite d'une édition hebdomadaire, et se concentre désormais sur le Web.
Quelle est la signification de cette nouvelle dans le monde des médias américains? Il suffit d'imaginer 30 secondes le quotidien Le Devoir annoncer qu'il abandonne lui aussi le papier au profit du Web pour comprendre comment cette nouvelle a eu l'effet d'une bombe dans la sphère médiatique.
Cela dit, ce quotidien spécialisé dans l'information internationale, fort de journalistes de fort calibres répartis dans 19 bureaux et onze pays, aura de nombreux défis à relever pour s'imposer et grandir sur le Web, tout en étant rentable. C'est ce que croit d'ailleurs le consultant médias, Jeff Mignon, de la société Mignon Média.
«En un peu moins de 40 ans, la diffusion du CS Monitor est passé de 250,000 lecteurs par jour à moins de 60,000 lecteurs quotidiennement. Leur modèle d'affaire reposant avant tout (approximativement +85%) sur la vente par abonnement, il était inévitable que la question de la migration vers Internet se pose tôt ou tard.»
«Au lieu de mourir, le CS Monitor prend la décision de devenir hebdo sur le «print» et rester quotidien sur le web. Je ne sais pas si cela va les sauver, mais en tout cas ils ont raison d'essayer.»
«Ce n'est pas le premier quotidien à faire pareille tentative... et ce ne sera pas le dernier. Au cours des prochaines années, d'autres quotidiens devraient suivre les traces du Christian Science Monitor, abandonnant peu à peu leur version quotidienne papier pour ne plus publier que trois fois par semaine, voir devenir un hebdomadaire comme le CS Monitor et demeurer un quotidien sur Internet.»
« Pour atteindre la rentabilité, ils ont décidé de se concentrer sur l'info internationale. Bonne idée, mais ils vont donc se retrouver sur le terrain de jeux de sites majeurs comme celui de la BBC, du NewYork Times et du Guardian. Cela dit, leurs prix Pulitzer parlent pour eux, c'est un gage de crédibilité.»
«Donc, pour se distinguer, ils devront devenir la voix de l'information internationale américaine tout en offrant de syndiquer le contenu international aux autres quotidiens américains qui sont en train de fermer leurs bureaux un peu partout dans le monde. Je ne suis cependant pas sur que ce soit suffisant, mais c'est la piste à suivre.»
par Michel Dumais
J'espère vraiment qu'ils puissent survivre. C'est un journal de très hautre qualité pour lequel le nom n'aide certainement pas. Si quelques publications commencent sur Internet pour des raisons de budget et de moyens, ça pourrait aussi très bien fonctionner pour un quotidien qui n'arrive plus à vendre.