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Noyés par les courriels de leurs électeurs.

Impossible aujourd'hui d'être représentant au Congrès des États-Unis, ou sénateur, et de ne pas avoir une adresse de courriel. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ces boîtes aux lettres explosent de plus en plus sous le volume des messages électroniques, comme le montre une étude du Pew Charitable Trust.

Une visite sur les sites du Sénat ou du Congrès le montre, tous les sénateurs et représentants sont joignables par Internet. Et les citoyens américains l'ont bien compris: 80 millions de courriels auraient été adressés en tout aux membres du Congrès pour la seule année 2000, soit presque le double de l'année précédente. Certains sénateurs en recevraient jusqu'à 55 000 par mois. Apparemment, la pratique aurait explosé lors des procédures d'empêchement de Bill Clinton et se serait maintenue depuis.

«Il y a deux ans, les responsables du personnel de la Chambre [des Représentants] ne voyaient pas les courriels comme un problème. Un an plus tard, c'est leur plus gros problème», d'expliquer Rick Shapiro, directeur exécutif de la Congressional Management Foundation, déplorant le manque de moyens techniques et humains pour y faire face. En fait, beaucoup de ces correspondances sont ignorées. Selon Shapiro, beaucoup de monde au Congrès considère ces courriers comme du spam. D'autant plus que ces lettres n'émanent souvent pas de l'État du politicien qui les reçoit.

Inutile de dire que la réponse à ces courriers d'un nouveau genre laisse à désirer. Trois semaines est un délai courant pour qu'une réponse soit envoyée (quand c'est le cas) et les bureaux les plus performants y parviennent en quatre jours. Détail amusant, beaucoup répondent encore à ces courriels par voie de courrier postal ordinaire! Évidemment, c'est la grogne des deux côtés: le rapport met en évidence le nombre croissant de citoyens frustrés par ce qu'ils perçoivent comme un manque de responsabilité du Congrès pour leurs courriels, tandis que les politiciens regrettent le manque de compréhension des citoyens quant au fonctionnement du Congrès.

Comme on s'en doute, les sources et les motifs de ce déluge de messages sont nombreuses: particuliers, associations, groupes de pressions, mouvements de citoyens, etc. pour défendre toutes les causes individuelles ou collectives imaginables: peine de mort, droits de l'homme, écologie, fiscalité, consommation, musique en ligne et bien d'autres.

Contrairement à ce que l'abstention aux élections suggère, on constate ici que les gens restent concernés par la chose publique et n'aspirent en réalité qu'à s'exprimer davantage. Les politiciens devraient peut-être revoir leurs modèles et apprendre à se rapprocher de ceux qu'ils disent représenter.

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Texte rédigé par : Philippe Riondel
Publié dans BRANCHEZ-VOUS! le 19 mars 2001
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