Alors que Napster annonçait un filtre le 2 mars pour bloquer les échanges de morceaux soumis à droits d'auteur pour tenter d'échapper au pire, certains, comme c'était prévisible, commencent à évoquer l'idée de créer des clones de Napster dans des «paradis de données» (à la façon des paradis fiscaux), à l'abri des lois et décisions judiciaires américaines et de la RIAA.
C'est le cas de Matt Goyer, étudiant canadien de 21 ans, co-auteur du site FairTunes.com, destiné à recueillir les dons volontaires des utilisateurs de Napster, pour les reverser aux artistes, et sur lequel il lance un appel à soutenir son projet. «Préservons [Napster] et déménageons le off shore (au large) où l'industrie du disque ne pourra pas l'atteindre», résume-t-il. Son projet consiste à héberger un clone du service de partage de fichiers musicaux sur une plate-forme située au large des côtes britanniques, territoire souverain depuis plus de 30 ans non soumis aux lois de ce pays.
Les lois et décisions judiciaires américaines ne sont applicables qu'aux États-Unis. De même, des cadres juridiques semblables vont apparaître rapidement dans beaucoup de pays. Néanmoins, outre la plate-forme de M Goyer, il existe des îles ou des pays de vide juridique en la matière, où les Napster de ce monde pourraient trouver refuge. C'est le cas de iMesh qui est bien à l'abri des menaces de la Recording industry association of America (RIAA) pour l'instant en Israël.
Il semble justement que beaucoup de fans soient allés ce week-end découvrir ces solutions de repli, que sont iMesh, Gnutella ou BearShare, alors que des millions d'autres faisaient preuve d'une boulimie de dernière heure sur les centaines de serveurs de Napster, dont Hank Barry, le boss, avait promis de «bloquer [dès] ce week-end le transfert des noms de fichier…déjà reçus des détenteurs des droits d'auteur, en accord avec la décision de» la Cour d'appel. Apparemment, à l'heure où sont rédigées ces lignes, Metallica ou Roy Orbison apparaissent toujours dans les listes, suggérant que les filtres ne sont pas encore en place.
Quant à ces clones et concurrents, pas question pour eux d'adopter - pour l'instant - un système de filtrage à la Napster, espérant ainsi profiter de l'aubaine pour faire le plein de nouveaux usagers. Surtout pour les entreprises qui, telle Gnutella, disposent d'une architecture différente de celle de Napster, sans intervention centrale, et donc moins attaquable selon les critères retenus par la Cour d'appel contre l'entreprise de Santa Clara.
La guerre impopulaire que mène l'industrie du disque contre Napster, mais aussi contre ses utilisateurs, outre l'effet désastreux en terme d'image pour les labels, entraîne l'éclosion anarchique d'une multitude de services d'échange du genre, incontrôlables, et leur probable implantation dans des zones de non-droit. Pas sûr que la politique de la RIAA, de vouloir tuer Napster, ait été la bonne: ne valait-il pas mieux s'entendre avec Napster pour mieux contrôler ses 60 millions d'usagers? Un bon arrangement a toujours mieux valu qu'un mauvais procès.
Texte rédigé par : Philippe Riondel
Publié dans BRANCHEZ-VOUS! le 05 mars 2001
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