Jean-Claude Guédon
Le Web francophone... parti des confins de la France, près de Genève, il l'évita d'abord pour se répandre ailleurs, au Québec en particulier.
Vaillamment, ce petit peuple tenta de suppléer aux carences du grand pays des origines. Et y réussit…un temps. Mais le Web continuait de croître, la toile de se tisser et le petit peuple de s'essouffler (tandis que le grand piétinait, accablé par tant d'intellectuels qui répétaient à l'envi : Internet? Et après? Internet? Ce culte? Internet? Cet empire? Ce chaos?)
Or donc, pendant que les Québécois s'éreintaient - mais avec grand plaisir, il faut l'ajouter -, les Français réclamaient l'exception culturelle. Ils la réclamaient auprès d'on ne sait quelle autorité suprême, plutôt que de la produire, tout simplement. À cor et à cri. Hélas, la diversité diminuait quand même...
Pendant ce temps, subrepticement, calmement, les jeunes créaient de nouvelles communautés : d'abord le «chat», puis Napster, Gnutella, bientôt FreeNet. Échanges, partages: mais voyons, répétaient les intellectuels, cela ne peut pas exister, c'est de l'utopie, de l'anti-psychanalyse. Vous vous rendez compte? Un contact entre deux individus? Quelle horreur... Par Internet? Quel sacrilège!
Le Web francophone? Il a raté le premier train. Est-il en train de manquer le deuxième? Ratera-t-il le troisième?
Probablement, probablement! Surtout si le droit d'auteur (en fait le droit des éditeurs) passe avant le libre accès aux moyens techniques de la créativité, avant le désir des créateurs d'être connus, avant l'envie de partager plein de choses, ce qui, pourtant, semble bien correspondre à une constante humaine.
Jean-Claude Guédon
Département de littérature comparée
Université de Montréal
Texte rédigé par : Sophie Bernard
Publié dans BRANCHEZ-VOUS! le 21 septembre 2000
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